Mémoire: Hollande en Corrèze ce mardi pour son hommage traditionnel aux «pendus de Tulle»

HISTOIRE Le Président se rend à Tulle pour la marche silencieuse qui rappelle le martyre de 99 pendus le 9 juin 1944...

20 Minutes avec AFP

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Le Président Francois Hollande est déjà retourné à Tulle pour voter aux élections départementales en mars.
Le Président Francois Hollande est déjà retourné à Tulle pour voter aux élections départementales en mars. — SIPA

Nouvelle cérémonie de commémoration à l’agenda de François Hollande. Le Président se rend ce mardi en Corrèze pour un hommage aux «99 pendus de Tulle» exécutés par les nazis le 9 juin 1944. Mais c’est une tradition pour l’ancien élu de Corrèze, qui n’a pas manqué une seule marche silencieuse depuis son arrivée à l'Elysée.

«Ce sera un moment de silence et de recueillement même si le chef de l'Etat ira saluer les habitants de Tulle», souligne son entourage. Plusieurs centaines d'habitants participent généralement à cette marche qui les conduit vers le Haut-Lieu de Cueille où reposent les suppliciés de Tulle.

François Hollande s'est déjà rendu à quatre reprises à Tulle, son fief électoral, depuis le début de l'année pour les voeux aux Corréziens à la mi-janvier, une série d'inaugurations d'équipements locaux en février et pour voter lors des deux tours des élections départementales, fin mars.

Que s’est-il passé le 9 juin 1944 ?

Cet anniversaire célèbre la mémoire des 99 otages, qui le 9 juin 1944, après une tentative de libération de Tulle par le maquis, sont pendus par la Panzer division SS «Das Reich»: en quelques heures, la préfecture de Corrèze passe du rang de ville forte du maquis à celui de martyre.

Les 7 et 8 juin, les maquisards libèrent Tulle des nazis, causant des pertes sévères chez l'ennemi (une quarantaine de morts et des dizaines de blessés et disparus). Certains combattants redoutent pourtant l'arrivée de la «Das Reich», venant du sud. Mais les chefs résistants assurent en riant que celle-ci doit juger plus urgent de gagner la Normandie où vient d'avoir lieu le débarquement.

Terrible erreur de jugement : le 8 au soir, les premiers chars allemands entrent à Tulle. Les maquisards, épuisés et sans munitions, doivent se replier. Le 9 au matin, les Allemands ont totalement repris la ville.

«Pas de représaille»

Les SS parquent dans la cour de la manufacture d'armes 3.000 hommes de tous âges et leur annoncent qu'il n'y aura pas de représailles. Mais, à 10h, un contrordre arrive à la suite de la découverte de cadavres allemands qui, lors des combats de la veille, auraient été suppliciés.

Dans l'après-midi, la majorité des prisonniers est relâchée. Sur les 400 restants, les SS en choisissent 120, en fonction de critères comme un vêtement sale ou une joue mal rasée. Les pendaisons, à des lampadaires et des balcons, commencent en milieu d'après-midi. L'effet est terrifiant pour les femmes et les enfants qui observent la scène derrière les volets. Vers 19h, les cordes manquent et les pendaisons cessent au 99e supplicié.

Le décrochage des corps est effectué par des membres des Chantiers de Jeunesse française de la région (organisation vichyste). Les cadavres, sans procédure d'identification, sont chargés dans des camions qui les déposent dans une décharge.

Terroriser la population

La «Das Reich» - qui a importé en France les méthodes de répression mises en oeuvre sur le front de l'Est - a voulu développer un sentiment de terreur parmi la population et la détacher des FTP (Francs-tireurs et partisans, nom du mouvement de résistance intérieure créé en 1941 par le Parti communiste) en rendant ces derniers directement responsables du massacre. Et, en effet, une bonne partie de la population qui, la veille, applaudissait les maquisards, les vomit désormais. Le 10 juin, 149 autres otages sont envoyés au camp de Dachau, près de Munich. 101 n'en reviendront pas.

Le commandant jamais jugé

Bien que condamné à mort par contumace en 1951, le général Heinz Lammerding, commandant de la division Das Reich, a vécu paisiblement à Dusseldorf, dirigeant une entreprise de bâtiment, jusqu'à sa mort, en 1971. Il y eut de nombreuses manifestations en Corrèze pour demander en vain son extradition.

Un massacre occulté par celui d’Oradour-sur-Glane

Après Tulle, poursuivant sa route sanglante, la «Das Reich» fusille et brûle, le 10 juin, 642 habitants à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), dont 247 femmes et 205 enfants de moins de 15 ans. «Le massacre de Tulle a souvent été occulté par celui d'Oradour-sur-Glane», relève l'historien Fabrice Grenard dans son livre «Tulle : enquête sur un massacre» (Tallandier).

Le fait que le massacre de Tulle intervienne après une tentative de libération de la ville par les FTP, a rendu notamment l'affaire délicate : «A partir du moment où certains cherchaient à faire reposer les responsabilités des pendaisons sur les maquisards, un discours consensuel devenait impossible», explique Fabrice Grenard.