Congrès PS: «Etre militant socialiste de nos jours, c’est très dur»

POLITIQUE Des militants socialistes se confient alors que le congrès du parti se tient à Poitiers ce week-end...

Thibaut Le Gal

— 

Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis, lors du congrès de son parti, à Poitiers, le 5 juin 2015
Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis, lors du congrès de son parti, à Poitiers, le 5 juin 2015 — Jean-Pierre Muller AFP

Ils sont toujours motivés. Les militants socialistes attendent beaucoup du Congrès de Poitiers. Pendant trois jours, le parti sonne le rassemblement pour préparer les échéances à venir. Entre déceptions et espoir, des militants se confient à 20 Minutes.

Jean Dalbard, 26 ans : « Faire de la pédagogie, c’est notre boulot »

Jean Dalbard prend sa carte en 2007, à 19 ans, séduit par Ségolène Royal. Le banquier parisien a choisi la motion B, portée par le frondeur Chirstian Paul. « J’ai toujours été proche de la gauche du parti et j’espérais qu’on pourrait peser sur la politique du gouvernement. Mais ces choix de motion, c’est plus une posture que de vraies convictions. Je regrette qu’il n’y ait pas eu de gros travail sur le fond, sauf la motion D [de Karine Berger] ».

Les tensions ? « D’autres congrès ont été beaucoup plus conflictuels. Les débats ont parfois été houleux, mais au moins ça discute ». Le militant du Xe arrondissement de Paris n'est pas du voyage à Poitiers. « Ce ne sera pas forcément intéressant, à moins que le premier secrétaire affirme le rôle du parti, son indépendance d’esprit, et appelle à l’unité de la gauche. J’irai plutôt à La Rochelle, pour les universités d’été, l’ambiance entre les militants est beaucoup plus sympa. »

Lui n’a jamais songé à rendre sa carte. « Le PS, c’est une conviction. J’accepte les critiques, mais j’essaye de dépassionner les débats, donner des arguments. Faire de la pédagogie, c’est notre boulot de militant. »

Lucien Vaneeckhoutte, 78 ans: « La fronde, je le vis très mal »

Lucien Vaneeckhoutte entre au parti en 1971 lors du Congrès d’Epinay. « J’étais syndicaliste, et militais à la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand. » L’ancien enseignant a voté pour la motion A. Il continue de soutenir François Hollande. « Par expérience, je sais que lorsqu’on est au pouvoir, ce n’est jamais facile. On ne prend pas toujours les décisions qu’on aurait souhaitées. »

Le retraité se souvient que les critiques existaient déjà, sous Lionel Jospin ou François Mitterrand. « L’important, c’est de rester fidèle à ses convictions. » La fronde ? « Je le vis très mal. Lorsqu’on fait partie d’une organisation, on peut ne pas être d’accord entre nous, mais le débat doit rester en interne. A la fin, on se rallie à la majorité. » Il espère que le Congrès permettra de « se rassembler et désigner une majorité forte ».

Marie-Pierre Gervais, 30 ans: « Etre militant socialiste de nos jours, c’est très dur »

En décembre, Marie-Pierre Gervais se lance: « J’ai toujours voté PS, mais je voulais participer à une campagne, et la radicalisation du FN m’a poussée à m’engager. » Cette mère au foyer de 30 ans apprécie le porte-à-porte ou le tractage. « Etre militant socialiste de nos jours, c’est très dur. A Meaux, la ville est à droite. On est parfois mal reçu, critiqué. On se fait traiter d’assassins d’enfants car on est pour le mariage gay. »

La militante aurait aimé aller à Poitiers ce week-end pour fêter la victoire de la motion A. « Quand ça ne va pas forcément très bien dans un parti, c’est important de se mobiliser, d’aller débattre. » Elle ajoute: « J’attends du congrès que les différents camps fassent la paix. Qu’on affirme notre politique sans avoir peur, notamment sur le droit de vote des étrangers, ou qu’on discute des grandes lignes sociales. Il faut avancer pour être prêt en 2017. »

Christian Brugerolle, 28 ans: « Le temps des retrouvailles et de la réflexion »

« Je suis social démocrate », lance d’emblée Christian Brugerolle. Militant depuis 2006, le scénariste a soutenu la motion A. « Tout s’est déroulé sans irrégularités, dans une très bonne ambiance, y compris avec les camarades de la B. » Le militant du XVIIIe arrondissement de Paris est du voyage à Poitiers. « Ce n’est que du plaisir d’être là, cela permet d’évacuer le congrès de 2008, catastrophique… »

Dur d’être socialiste en 2015 ? « C’est difficile d’être militant tout court. Il y a une défiance vis-à-vis des organisations politiques. Le fait d’être au gouvernement n’arrange rien. Je défends pied à pied mon engagement dans la vie quotidienne, sans sectarisme. »

Le congrès ? « On est en petit comité. J’attends un dialogue riche entre militants de tous horizons. Il faut acter les résultats du vote et discuter d’une feuille de route pour la suite. L’ambiance est apaisée, le ciel radieux, c’est le temps des retrouvailles et de la réflexion. »