VIDEO. Les intox de l’extrême droite prolifèrent sur Internet

DESINFORMATION Retour sur ce phénomène militant qui s’exprime sur la Toile…

Anne-Laëtitia Béraud

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L'écran d'un ordinateur sur une page Internet.
L'écran d'un ordinateur sur une page Internet. — Lionel Bonaventure AFP

Après la fausse carte d’identité de Najat Vallaud-Belkacem, de faux propos attribués à la ministre de l’Education circulent actuellement sur les réseaux sociaux et par mail. Cible idéale d’une partie de la droite et de l’extrême droite, la ministre d’origine marocaine dispute à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, la palme du tombereau d’ignominies propagées sur Internet.

Les éléments de langage et les propos racistes laissent peu de doutes sur l’origine, à droite de la droite, de ces histoires. Au ministère de l’Education, la dernière rumeur visant Najat Vallaud-Belkacem – une fausse interview motivant un refus des palmes académiques – ne surprend même plus. « Elle est plus victime que d’autres de rumeurs racistes de par son origine marocaine. Mais elle n’est pas la seule », confie-t-on dans l’entourage de la ministre.

Modernisation des outils de communication

Quant à la réponse apportée à ces rumeurs, elle est à géométrie variable. « Il y a beaucoup, beaucoup de hoax [intox]. La ministre ne dément pas systématiquement car elle y passerait tout son temps », ajoute-t-on. « On réagit quand les grands médias en parlent », ajoute-t-on. Comme dans le cas de cette fausse circulaire invitant les maires à mettre en place des cours d’arabe : le ministère de l’Education nationale a annoncé en septembre qu’il portait plainte pour usurpation d’identité, après la diffusion de ce faux document portant la signature de Najat Vallaud-Belkacem. Une première pour un faux document plutôt sophistiqué par rapport aux habituels photomontages grossiers ou aux messages truffés de fautes.

>> L'interview d'un spécialiste de la rumeur par ici 

«Ces milieux propageant des rumeurs se sont modernisés depuis une vingtaine d'années, et se sont outillés », explique Pascal Froissart, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-VIII. « Avec un scanner et un logiciel gratuit trouvé sur Internet, on peut aujourd’hui facilement trafiquer des documents ministériels, ou encore des signatures », ajoute ce spécialiste de la rumeur. Mais sophistiquées ou non, « le but de la rumeur reste le même: L’efficacité, non l’élégance, pour faire prospérer leurs idées », continue-t-il.

L’efficacité du message

Pour être efficace, la liste des ingrédients d’une rumeur « réussie » est assez simple. Prenez une personnalité contemporaine, clivante, et une information dans l’air du temps. Ajoutez de faux propos, un événement imaginaire ou un pseudo-document, et une pincée de mélodrame. Publiez le document sur des sites et des blogs, et faites-le diffuser sur les réseaux sociaux et par les chaînes de mails. Recherchez par tous les moyens l’attention des médias, qui, en démentant l’histoire, la propageront de plus belle. Et si la personnalité visée dément la rumeur, la publicité de cette histoire dépassera toutes vos espérances.

Quant aux ennuis que vous pourriez avoir avec la propagation de ces rumeurs, vous êtes - relativement - protégé. Retrouver l’internaute qui a publié le message en premier, qui l’a peut-être effacé après avoir été repris par sa communauté, représente une tâche difficile. « Les services de police qui ont fait une enquête sur ces histoires nous ont dit que c’était difficile, voire parfois impossible, de retrouver le premier émetteur [de la rumeur] », semble-t-on se résigner au ministère de l’Education. Mais tous les problèmes « majeurs » sont signalés à la justice.