Les Républicains: Une réunion sur l’islam de France plombée avant même d’être organisée

POLITIQUE Une réunion à huis clos du parti politique suscite de nombreuses critiques à la veille de sa tenue…

Anne-Laëtitia Béraud avec AFP

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Nicolas Sarkozy, président des Républicains, le 30 mai 2015 à Paris.
Nicolas Sarkozy, président des Républicains, le 30 mai 2015 à Paris. — Bernard BISSON/JDD/SIPA

Débat empoisonné en vue. L’ex-UMP organise ce jeudi, pour sa première réunion thématique sous la bannière des Républicains, un débat sur l’islam. Mais à la veille de ce rassemblement à huis clos, le sujet divise dans les rangs du parti de droite, et le Conseil français du culte musulman (CFCM) annonce ne plus y participer. Revue des principales questions-réponses sur cette réunion plombée avant même d’être organisée.

« Convention », « réunion », « journée de travail » du parti ?

Nicolas Sarkozy avait annoncé la tenue, en février, d’une réunion thématique sur la deuxième sur la question « islam en France ou islam de France ». Mais depuis, des critiques se sont élevées et le parti marche désormais sur des œufs. A l’ex-UMP, on tend aujourd’hui à minimiser cette réunion, évoquant désormais une simple « journée de travail » à huis clos.

Selon un communiqué diffusé mercredi soir par les députés Gérald Darmanin et Henri Guaino, «la matinée sera consacrée à la place des religions dans la République» et «l’après-midi, les discussions porteront plus particulièrement sur l’Islam de France à travers les expériences des élus et des acteurs sociaux.» Cette réunion «ne fera l’objet d’aucune communication sur le contenu des échanges, ni sur les enseignements auxquels ils pourraient conduire.»

Qui devait assister à cette réunion ?

Ont été conviés à cette réunion des élus, des responsables du Conseil français du culte musulman (CFCM) et de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), mais aussi des experts. Les députés Henri Guaino et Gérald Darmanin, chargés d’élaborer des propositions sur ce thème, sont attendus. Cependant, la liste des invités s’est rétrécie ce mercredi. Le CFCM, par la voix de son futur patron d’Abdallah Zekri, et l'UOIF ont annoncé qu’ils n’assisteront pas à cette réunion.

Pourquoi cette réunion est-elle contestée ?

Pour Abdallah Zekri, qui deviendra le 30 juin le secrétaire général du CFCM, cette réunion des Républicains viserait à les « manipuler ». « On ne peut pas participer à une telle initiative, qui stigmatise les musulmans. (…) Nous sommes prêts à une rencontre avec tous les partis pour avoir des échanges sur le fond, mais pas avec un seul d’entre eux à des fins politiques. Nous refusons d’être manipulés », explique le responsable musulman.

L'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ne sera pas non plus représentée jeudi, a annoncé mercredi son président Amar Lasfar.

Cette réunion n’est pas seulement fustigée par des religieux musulmans. Elle est critiquée au sein de la droite. Nathalie Kosciusko-Morizet, vice-présidente des Républicains, a expliqué le 10 mai que cette réunion sur l’islam était une « mauvaise idée ». « Je trouve qu’avoir l’air de dire que le premier sujet pour cette formation politique, c’est l’islam et la République, c’est une mauvaise idée. Parce que cette question ce n’est pas le seul sujet », a expliqué Nathalie Kosciusko-Morizet, qui « pousse pour que la première convention, le premier rendez-vous thématique soit sur les questions d’économie, d’esprit d’entreprise et d’emploi ».

A gauche, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll s’est dit, ce mercredi, « extrêmement inquiet » à propos de cette réunion. « Je voudrais savoir où ce parti qui se prétend républicain veut aller », a-t-il déclaré à l’issue du Conseil des ministres. « Les propos de plusieurs responsables UMP, en particulier le premier d’entre eux Nicolas Sarkozy, quand il a dit qu’il ne fallait pas de menu de substitution dans les cantines ».

Qu’est-ce qui est en jeu avec cette réunion sur l’islam ?

Pour le parti de droite, cette réunion doit aboutir à une position commune sur l’islam. Ce qui n’est, aujourd’hui pas le cas. Les points de friction sont nombreux. A propos des immigrés, Nicolas Sarkozy en appelle à une « assimilation » plutôt qu’une « intégration ». Une position battue en brèche par Alain Juppé, le maire de Bordeaux, qui estime dans une interview au Figaro que « l’idée d’assimiler les gens, d’effacer les différences, n’a pas de sens ».

A propos de la question des repas de substitution dans les cantines scolaires, thème porté par Nicolas Sarkozy pendant la campagne des départementales, elle a agacé son ancienne ministre Rachida Dati, qui a estimé le 20 mars que c’était un « non sujet » propre à « diviser les Français ». Un avis partagé par le député Henri Guaino, qui a exprimé son « désaccord total avec le choix du menu unique à la cantine ».

La toute nouvelle porte-parole des Républicains, Lydia Guirous, s’est fait remarquer en début d’année en se prononçant en faveur de « la neutralité » à l’université aux portes de laquelle ne doit « pas s’arrêter la laïcité ». Une position appuyée par Nicolas Sarkozy mais rejetée par Rachida Dati. La maire du 7e arrondissement de Paris avait expliqué le 20 mars à ce sujet : « Bientôt on va être sur des fouilles au corps à l’université ! Il faut arrêter de délirer ».