Panthéon: «Le discours de Hollande trouve un écho contemporain»

INTERVIEW François Hollande a rendu hommage à « quatre histoires qui donnent chair et visage à la République ». L’historien Christian Delporte analyse le discours du président…

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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François Hollande devant le Panthéon, le 27/05/2015.
François Hollande devant le Panthéon, le 27/05/2015. — MARTIN BUREAU / AFP

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette sont entrés au Panthéon ce mercredi. Dans son discours, François Hollande a rendu hommage à « quatre histoires qui donnent chair et visage à la République en en rappelant les valeurs ». Pour Christian Delporte, spécialiste de l’histoire politique à l’université de Versailles (Yvelines), le chef de l’Etat a fait écho à l’actualité à plusieurs reprises lors de son discours.

L’entourage de François Hollande voulait faire de ce discours, « un moment important du quinquennat ». Qu’en est-il ?

Il va falloir attendre. Malgré ce que peut dire la com' élyséenne, la portée des discours historiques ne se juge qu’après. La référence en la matière est celui d’un ministre de la Culture, André Malraux. C’est très difficile de faire aussi bien. Lors de son hommage à Aimé Césaire, Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs réduit le discours qu’il devait prononcer.

Que retenir de cet hommage ?

Ce qui est frappant, c’est que son discours se divise en deux parties. Une partie assez classique et un écho très contemporain. A partir du moment où la formule sur le 11 janvier est lancée, tout bascule. Après 20 minutes d’hommages, le discours devient plus politique. On tire de l’itinéraire des hommes et femmes « panthéonisés » des leçons pour aujourd’hui.

Un exemple : quand il parle de Jean Zay, il évoque les réformes que l’ancien ministre de l’Education nationale a menées. Il dit que malgré les blocages multiples, Jean Zay a tenu bon. La référence avec la réforme du collège est présente. Il le dit d’ailleurs clairement : « Ce projet est toujours le nôtre. » Il vise aussi les détracteurs de la réforme de manière plus subtile, lorsqu’il explique que l’Histoire n’est pas une nostalgie.

Ce discours vise-t-il à renforcer son statut de « rempart républicain » post-11 janvier ?

Quand il dit que soixante-dix ans après, la menace est toujours présente, son discours est très contemporain. Il vise à la fois l’islamisme radical et le Front national. François Hollande parle aussi de lui, quand il évoque Pierre Brossolette. « Réformer pour ne rien refermer. » L’éloge de la réforme, c’est l’éloge de sa politique. On ne peut comprendre ce discours sans le remettre dans le contexte gouvernemental, le contexte de sa politique, et l’actualité des derniers mois.

Ce discours peut-il l’aider pour 2017 ?

Dans ce genre de moment, on est dans l’émotion. Il y a un élan patriotique, d’unité. Mais le propre de l’émotion, c’est de retomber. Cela peut durer quelques jours, quelques semaines, on l’a vu avec le 11 janvier, puis on retourne au quotidien. D’une certaine manière, ça participe à la présidentialisation de son image. Mais François Hollande a surtout voulu faire passer un certain nombre d’idées fondées sur des valeurs républicaines. Ce n’est pas un hasard s’il revient plusieurs fois sur l’intégration, la laïcité. Quand il dit que Germaine Tillion se serait aujourd’hui mobilisée pour les réfugiés syriens, les chrétiens d’Orient ou les filles enlevées par Boko Haram, ça a un sens. Pareil lorsqu’il parle de dignité, de pauvreté. Son discours est lié aux parcours de ces héros mais trouve un écho contemporain.

Un mot sur l’absence de Nicolas Sarkozy. Est-ce une faute politique ?

Il s’en justifiera, mais c’est assez étonnant. Une cérémonie au Panthéon est toujours un moment d’unité nationale, où l’on oublie les combats politiques. Je ne sais pas si une c’est une faute mais sans doute une erreur d’appréciation. Cela montre en tout cas que la campagne présidentielle a commencé.