Panthéon: «Cet événement permet à François Hollande de se placer au-dessus de la mêlée»

INTERVIEW Le discours du président à l'occasion de l'entrée de quatre résistants au Panthéon est présenté comme essentiel par son entourage...

Anissa Boumediene

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L'entourage de François Hollande assure que son discours de panthéonisation sera le plus important de son quinquennat.
L'entourage de François Hollande assure que son discours de panthéonisation sera le plus important de son quinquennat. — V.DAMOURETTE/SIPA

Un discours pour tout changer. Pour remonter dans l’opinion. Pour se lancer dans la course à l’Elysée. Pour prolonger l’esprit du 11 janvier. Et donner un souffle nouveau à son quinquennat. Est-ce possible ? Ce mercredi, François Hollande préside à l’entrée au Panthéon de quatre héros de la résistance : Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay. L’occasion pour le chef de l’Etat de prononcer un discours sur lequel il planche depuis des semaines, présenté comme essentiel par son entourage, peut-être même « le plus important de son quinquennat ». Important à n’en pas douter, mais pour qui ? Et pourquoi ? Jean Garrigues, historien, décrypte les enjeux de cet événement.

Comment analyser le choix de François Hollande de « panthéoniser » ces quatre personnages ?

Cette sélection n’est pas anodine. Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay ont tous en commun d’être à la fois des figures de la résistance, des figures d’incarnation des valeurs de la République et également des figures progressistes. A eux quatre, ils ont défendu l’égalité des chances et l’éducation, porté la reconstruction de la démocratie et lutté contre la pauvreté.

Ce choix s’accorde avec cette nouvelle phase du quinquennat de François Hollande, portée l’esprit du 11 janvier, où sa stature présidentielle est renforcée, où il incarne ces valeurs républicaines menacées par les extrémismes de toutes sortes.

Ce discours de panthéonisation peut-il suffire à changer le cours du quinquennat ?

En soi, il est évident qu’un discours n’a pas à lui seul le pouvoir de changer la donne. Dans une vie politique surmédiatisée, un événement en chasse un autre. Après le 11 janvier, la cote de popularité du président a grimpé comme jamais, avant de retomber, parce que chômage et les difficultés économiques n’ont pas disparu et que ce sont ces problématiques-là sur lesquelles le quinquennat est jugé.

En revanche, les moments, comme celui-ci, de commémoration et de défenses des valeurs républicaines jouent un rôle dans le renforcement de la figure présidentielle. Ils sont une nécessité, un rappel à la société française de l’histoire du pays, et de ses capacités. Et c’est au seul chef de l’Etat qu’il appartient de le faire. Mais ces moments-là ne sont pas pour autant des tournants politiques.

Mais cela peut-il l’aider en vue de 2017 ?

Dans la stratégie de Hollande pour rester à l’Elysée, ce discours de rassemblement peut être positif. D’autant que ses challengers ont plutôt tendance à verser dans la provocation et la polémique.

Cet événement permet à François Hollande de se placer au-dessus de la mêlée. Il a prouvé après les attentats de Paris qu’il était à la hauteur de sa fonction, faisant taire les critiques sur son manque d’épaisseur historique. La panthéonisation de ces quatre résistants met en lumière les notions de République, de résistance et de modernité, et lui permet d’affirmer sa vision pour la France. Aujourd’hui, l’enjeu est pour lui d’être ce Président d’incarnation républicaine qui s’est révélé après Charlie. Mais aucun exemple historique ne confirme qu’un discours est déterminant sur le plan politique : c’est un discours de connexion historique, pas un programme.