Semi-clandestinité, coups de colère et menace d'assassinat... Ce que vous ignorez sur Christiane Taubira

POLITIQUE La journaliste Caroline Vigoureux tente de percer «Le mystère Taubira» dans son livre...

Thibaut Le Gal

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Christiane Taubira, le 6 mai 2015.
Christiane Taubira, le 6 mai 2015. — ISA HARSIN/SIPA

Icône de la gauche, épouvantail de la droite. Christine Taubira est l’une des ministres emblématiques du quinquennat. Dans Le mystère Taubira (Plon, 15 mai), la journaliste de l’Opinion Caroline Vigoureux tente de percer les secrets de la ministre de la Justice. 20 Minutes a sélectionné quatre choses que vous ignorez peut-être sur l’actuelle Garde des Sceaux.

« Vous êtes une bande de nuls ! »

Août 2014, coup de tonnerre. Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont éjectés du gouvernement Valls. La veille, les deux hommes défiaient François Hollande en critiquant les choix économiques du gouvernement lors de la fête de la Rose à Frangy-en Bresse. Le duo, accompagné d’Aurélie Filippetti, se rend place Vendôme le 25 août pour convaincre Christiane Taubira de partir avec eux. La ministre fulmine. « Vous êtes une bande de nuls, vous faites n’importe quoi ! Vous avez fait les amateurs avec la cuvée du redressement productif ! Tout ça n’a aucun sens. Maintenant, vous venez me chercher pour quitter le gouvernement, on ne fait pas de la politique comme ça. Ne comptez pas sur moi ! »

Une période « semi-clandestine »?

«Quitte à s’arranger avec les faits, Christiane Taubira construirait-elle son propre mythe ? », s’interroge Caroline Vigoureux. La journaliste évoque notamment le mystère autour de son ex-mari, Robert Delannon, rencontré en 1978. Lorsqu’elle revient sur cette période, la ministre évoque sa « semi-clandestinité ». Elle explique aussi que le militant indépendantiste guyanais a été emprisonné pendant un an et demi. Une information largement relayée par les médias, et pourtant démentie par l’intéressé. « C’est un peu de fantasme », explique Robert Delannon. « Elle romance et légende certaines périodes de sa vie pour apparaître comme quelqu’un de grand », ajoute un spécialiste des milieux indépendantistes.

« Fascinée » par Bernard Tapie

Aux élections européennes de 1994, Bernard Tapie conduit la liste du MRG (Mouvement des Radicaux de Gauche). Il décroche son téléphone, s'adresse à Noël Mamère, en quatrième position des postulants. « Accepterais-tu d’être numéro cinq ? Parce que j’ai trouvé une femme absolument géniale qui vient de Guyane et qui s’appelle Christiane Taubira ». Le député écologiste accepte.

Au cours de la campagne, « le public est séduit par les deux orateurs de choc », écrit Caroline Vigoureux. « Taubira et Tapie sont fascinés l’un par l’autre ». Noël Mamère se souvient: Tapie « était tout simplement ébloui par la personne, par son don d’oratrice ». Aujourd’hui, les anciens amis ne s'adressent plus la parole. « Je ne veux pas en parler, elle m’a écœuré. Je l'ai rayé de ma tête et de mon coeur », explique l'homme d'affaires, sans plus de précisions.

« Menaces d’assassinat, de torture, d’envoi d’excréments »

Le 29 janvier 2013 marque l’ouverture des débats du projet de loi pour le mariage pour tous à l’Assemblée. La nuit précédente, Christiane Taubira a été hospitalisée. Malaise, surménage, fatigue. La ministre doit monter au micro défendre son projet. Alain Vidalies s'aperçoit qu'elle a oublié d'ôter le bracelet en plastique de l’hôpital, demande une paire de ciseaux, le tranche quelques secondes avant le discours. 

Les débats changeront sa stature, son quotidien. « Mercure-nom de code utilisé par les services de sécurité pour désigner la garde des Sceaux est l’une des personnalités les plus protégés du gouvernement », détaille Caroline Vigoureux. « Pour une ministre, le degré de menace sur une échelle de 0 à 10 se situe entre 5 et 6 ». Celui de Christine Taubira s’élève pendant les débats à 9. Une note des services de sécurité fait alors état de « menaces d’assassinat, de torture, d’envoi d’excréments ». De « sept officiers, le dispositif passe cette fois à 11 personnes, c’est exceptionnel », ajoute la journaliste.