François Hollande à Cuba: «Les opportunités économiques se multiplient pour la France»

INTERVIEW Le Président français est le premier à se rendre à Cuba, une visite symbolique au niveau diplomatique mais aussi sur le plan économique…

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Francois Hollande à l'aéroport de La Havane dimanche 10 mai 2015.
Francois Hollande à l'aéroport de La Havane dimanche 10 mai 2015. — Desmond Boylan/AP/SIPA

La première visite d’un président français depuis l’indépendance de Cuba. Et un rendez-vous symbolique pour François Hollande, premier chef d’Etat à se rendre sur l’île dirigée par Raoul Castro depuis l’annonce du dégel entre Etats-Unis et Cuba. Dans quel but? Stéphane Witkowski, président du conseil de gestion de l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine a répondu aux questions de 20 Minutes

La France a-t-elle une influence importante à Cuba?

L’image de la France à Cuba est très forte. Culturellement, l’Alliance française promeut l’héritage français. Fidel Castro a toujours revendiqué une influence de la Révolution française, des textes de Victor Hugo sur sa révolution. Et la France est présente dans les Caraïbes via ses DOM-TOM, c’est pourquoi cette visite «caribéenne» a autant de sens.

Mais les liens sont également économiques…

Il existe aujourd’hui une soixantaine d’entreprises françaises sur place. Les liens sont donc déjà forts. Une nouvelle loi autorise les investissements étrangers. Et les opportunités se multiplient. Dans les infrastructures notamment pour que Cuba surmonte ses handicaps d’un pays industriel obsolète. Dans le tourisme, Accor, qui gère déjà des hôtels à La Havane a des projets d’ouverture dans d’autres villes en partenariat avec Bouygues construction. Le Club Med envisagerait également une installation. Mais le secteur des télécommunications est immense dans un pays où Alcatel s’est déjà positionné sur la fibre optique. Et qui accuse un grand retard pour Internet. Et des entreprises comme CMA CGM regardent de près tout ce qui touche à la modernisation du transport maritime.

Que pourrait changer la levée de l’embargo?

Tout d’abord nous n’y sommes pas encore! Pour le moment, Etats-Unis et Cuba ont annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques. La procédure pour que Cuba soit retiré de la liste des pays terroristes. Les relations économiques pourront être normalisées seulement dans un deuxième temps. Mais l’embargo a été à la fois un handicap et une chance pour les entreprises françaises. Etant donné que les boîtes américaines étaient absentes de l’île à l’exception des domaines agroalimentaire et pharmaceutique, pour des PME et TPE françaises, c’était l’occasion de s’implanter. En même temps, l’accès au financement est compliqué. Et en plus de l’embargo, des lois extraterritoriales prévoyaient des sanctions financières pour les entreprises et banques qui nouaient des partenariats avec Cuba. Une épée de Damoclès pour ces entreprises. Qui a coûté cher à la BNP Paribas...

En quoi cette visite de François Hollande lance un message à toute l’Amérique latine?

Cuba est un allié de taille pour la France. Les deux pays partagent une même vision dans certains domaines: l’écologie, la santé notamment. Ainsi, la France espère compter des alliés lors de la Conférence mondiale sur le climat en décembre. Et Cuba a une influence importante sur toute l’Amérique latine: il reste un exemple dans le domaine de la santé, de la coopération, de la solidarité vis-à-vis des pays en voie de développement. Le pays joue également un rôle essentiel dans la résolution de certains conflits régionaux comme celui des Farc en Colombie. Mais il existe aussi un avantage économique à ce lien renforcé. Cuba fait partie de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (qui compte une dizaine de pays d’Amérique centrale et du sud). Et cette alliance compte de nombreux projets économiques dans lesquels la France pourrait poser ses billes.