Quel avenir politique pour Jean-Marie Le Pen?

FN Le fondateur du parti a refusé de se présenter devant le bureau exécutif, qui a demandé la suppression de son statut de président d'honneur...  

Oihana Gabriel

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Jean-Marie Le Pen quitte le QG du Front national à Nanterre, sans avoir participé au bureau exécutif de son parti, lundi 4 mai.
Jean-Marie Le Pen quitte le QG du Front national à Nanterre, sans avoir participé au bureau exécutif de son parti, lundi 4 mai. — AFP

Il a snobé la réunion. Jean-Marie Le Pen a été «suspendu» ce lundi soir de son statut d'adhérent, lors du bureau politique du FN, qui se penchait sur les derniers dérapages du cofondateur du parti. Une assemblée générale devra également décider «dans les trois mois» la suppression de son statut de président d'honneur. Le patriarche a cependant expliqué qu’il excluait «tout retrait politique» et qu'il continuerait à parler «en son nom». Quel avenir pour cet animal politique de 86 ans?

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Retraite impossible et silence compliqué

Plusieurs scénarios se dessinent. Première option, celle de la retraite. Sans le soutien de son propre parti et en prise avec des problèmes de santé, pourrait-il tirer sa révérence? Certainement pas.

Se retirer de son propre chef est inenvisageable. «Pour ça, il faut me tuer! (...) J'ai mon bureau (...) j'y viendrai, à moins qu'on m'empêche d'y venir», a réagi Jean-Marie Le Pen. Le vieux lion a choisi une position de franc-tireur. Même si on lui refuse le rôle de président d’honneur, il poursuivra la lutte seul. Un coup dur pour son parti? Pas forcément. «On se focalise sur le psychodrame chez les Le Pen version Roi Lear, mais c’est la fin d’un processus, estime Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS et professeur à l’université de Nice. Le moment redouté de passage de flambeau a déjà eu lieu. La présidente du FN a réussi à «mariniser» le parti à l’intérieur comme à l’extérieur.»

La dissidence, option radicale mais peu probable

Clairement, le père a envie de mettre des bâtons dans les roues de sa fille. Au point de partir en dissidence? Peu probable. «Jean-Marie Le Pen sait très bien qu’il n’y a pas l’espace pour deux partis d’extrême droite, analyse Gilles Ivaldi, politologue. D’autant qu’il a vécu la scission avec Bruno Mégret en 1998 et que les sondages montrent que les électeurs n’ont plus envie qu’il joue un rôle politique.»  

Choisir sa petite-fille comme porte-voix?

Troisième possibilité: le cofondateur du FN accepte de garder le silence. A la sortie du QG du FN, il a assuré qu'il continuerait «bien sûr» à soutenir Marine Le Pen comme «présidente du FN», lui, le «bon militant». Mais cette position se révèle compliquée à tenir tant les oppositions entre père et fille se sont accentuées ces derniers jours. «Il a clairement montré lors des célébrations du 1er Mai qu’il préférait la confrontation, reprend Gilles Ivaldi. On a vu les images provocatrices d’un président d’honneur qui vient voler la vedette à sa fille. Il veut continuer la lutte jusqu’au bout en martelant “Le FN, c’est moi”».

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Mais le patriarche pourrait poursuivre son action en sous-main. «Il est possible que Jean-Marie Le Pen favorise sa petite-fille [Marion] qui est plus proche de lui familialement et idéologiquement. On peut imaginer qu’elle deviendrait le relais pour réorienter la ligne politique.» Et le politologue de souligner le risque de transfert d’opposition. «On voit se dessiner les prémices d’une future crise entre la frange représentée par Marine Le Pen et les positions plus conservatrices de sa nièce.» Un des enjeux des élections régionales, pour lesquelles Marion-Maréchal Le Pen se présente en Paca. 

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