Crise au Front national: Marine Le Pen peut-elle faire taire son père?

INTERVIEW Pour la politilogue Virginie Martin, la présidente du Front national a décidé de jouer la montre...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Jean-Marie, président d'honneur du Front national, chante lors du rassemblement du parti d'extrême-droite, le 1er mai 2015 à Paris, au pied de la statue de Jeanne d'Arc.
Jean-Marie, président d'honneur du Front national, chante lors du rassemblement du parti d'extrême-droite, le 1er mai 2015 à Paris, au pied de la statue de Jeanne d'Arc. — THOMAS SAMSON / AFP

«Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s'exprimer au nom du Front National.» L'intervention de Marine Le Pen sur Europe 1 dimanche matin a donné le ton de la réunion du bureau exécutif du Front national prévue lundi, pour décider d'éventuelles sanctions contre le président d'honneur après ses déclarations polémiques.

Affaibli par des ennuis de santé et des accusations d'évasion fiscale, obligé de renoncer à être tête de liste FN en Provence-Alpes-Côte-D’Azur, le cofondateur du parti reste toutefois difficile à «museler», en témoigne son apparition impromptue à la tribune où sa fille devait prononcer vendredi le traditionnel discours du 1er mai, place de l'Opéra à Paris. 20 Minutes a sollicité l'éclairage de Virginie Martin, politologue et présidente du laboratoire politique Think Tank Different.

Les déclarations de Marine Le Pen, à la veille de la réunion du bureau exécutif du FN, augurent-elles de sanctions exemplaires à l'égard de Jean-Marie Le Pen?

Les mots de Marine Le Pen sont particulièrement sévères. Cela dit, ces paroles sonnent davantage comme un avertissement et l'on peut supposer que les sanctions du bureau exécutif seront limitées, un certain nombre de cadres restant attachés à Jean-Marie Le Pen, sans parler des militants. Il s'agit plutôt de marquer le coup symboliquement, même si l'opposition entre la fille et le père n'est pas un coup de communication. Il y a véritablement deux visions très différentes du parti qui s'affrontent: d’un côté, ceux qui souhaitent que le FN reste un parti protestataire, de l’autre, ceux qui veulent conquérir le pouvoir. 

Comment la direction du parti peut-elle museler Jean-Marie Le Pen?

Le principal atout de ceux qui souhaitent le faire taire, c'est le temps. L'attitude de la présidence du FN, qui consiste à condamner les propos de Jean-Marie Le Pen et le sanctionner sans l'exclure, permet d'en gagner. On assiste aux derniers soubresauts du lion, à l'image de son apparition à la tribune du FN, le 1er mai, vêtu d'un manteau rouge vif, les deux poings brandis, dans une posture ridicule qui suscité moqueries et détournements. Ce personnage a beau être un encombrant rappel des origines du parti, il garantit une exposition médiatique supérieure à celles de tous les autres partis. 

 

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Condamner Jean-Marie Le Pen sans le punir suffit-il à dédiaboliser le parti?

La stratégie de dédiabolisation implique en creux de mettre un terme à l'outrance médiatique. Pour l’instant, le FN peut compter sur Jean-Marie Le Pen pour porter la responsabilité de la majorité des dérapages. 

Depuis longtemps, Marine Le Pen est prise entre deux feux, ne pouvant ni renier son père, ni laisser passer ses «dérapages». Elle a opté pour une communication très différente de celle du fondateur du parti. Ainsi, le 1er mai, elle a gardé son sang-froid et n'a pas dérapé en direct, préférant attendre l'espace médiatique pour condamner, calmement mais fermement, l'attitude de Jean-Marie Le Pen. ​

Écarter la figure médiatique qu'est Jean-Marie Le Pen peut-il avoir des conséquences néfastes pour le FN? 

La fascination-répulsion qu’exerce Jean-Marie Le Pen est un important levier de séduction, car elle maintient l’ambiguïté du parti, à la fois hors système et porteur d'un programme politique, d'une volonté de conquérir le pouvoir. Mais même privé de cette figure, le FN dispose d'une stratégie de communication efficace, notamment grâce au recrutement de jeunes cadres. Comme tous les sujets clivants, il reste un bon produit médiatique.