Jean-Marie Le Pen face aux juges du FN, lundi

EXCLUSION Le Président d'honneur du Front national va devoir s'expliquer sur ses derniers propos polémiques...  

20 Minutes avec AFP

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Jean-Marie Le Pen, le 1er mai 2015, sur l'estrade du Front national lors du traditionnel défilé du parti d'extrême droite
Jean-Marie Le Pen, le 1er mai 2015, sur l'estrade du Front national lors du traditionnel défilé du parti d'extrême droite — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le fondateur du Front national face à ses juges. Jean-Marie Le Pen affronte lundi sa fille et le bureau exécutif du Front national, la plus haute instance du parti réunie en instance disciplinaire pour étudier d'éventuelles sanctions contre lui après ses multiples propos polémiques.

Répétition de sa vision des chambres à gaz, «détail» de l'Histoire ; défense du maréchal Pétain, du «monde blanc» et critique en règle de la démocratie comme système politique dans l'hebdomadaire d'extrême droite Rivarol: Jean-Marie Le Pen a multiplié les provocations début avril, au lendemain de départementales plutôt réussies pour le FN.

Une enquête a d'ailleurs été ouverte par le parquet de Paris pour contestation de crime contre l'humanité concernant les premières déclarations. Au lendemain d'une intervention sur TF1 où Marine Le Pen avait convoqué son père devant ce «BE» tout en lui demandant de prendre du champ avec la politique, le «Menhir» avait promis le 10 avril, la voix fatiguée, qu'il se «défendrait» devant cette instance dont il est lui-même membre, jugeant sa fille en «suicide» politique et, accusation suprême dans cette sphère politique, émettant l'idée que celle-ci se «soumettrait au système».

Que peut-il se passer lundi dans le huis clos de l'instance frontiste? Marine Le Pen a répété à plusieurs reprises son objectif: que «Le Pen» garde sa liberté de parole s'il le souhaite, mais sans que celle-ci «n'engage le FN».

Exclusion peu probable

Une exclusion, comme semble le souhaiter Florian Philippot, influent numéro deux du parti? «Quand la bête est à terre, ils veulent l'achever», décrypte un historique. Mais cela paraît improbable: «ça ouvrirait les portes de l'enfer», prévient un frontiste. «Il peut être tout aussi venimeux une fois exclu», remarque un autre.

Que Jean-Marie Le Pen quitte de force le parti qu'il a cofondé en 1972 serait «surnaturel, surréaliste», prévient son principal soutien, la vice-présidente Marie-Christine Arnautu.Pour plusieurs cadres du parti, tout dépendra de la manière, conciliante ou provocante, dont Jean-Marie Le Pen se présentera devant ses «juges».

Peut-il se voir retirer sa présidence d'honneur du parti ? Une opération juridiquement compliquée et trop symbolique politiquement qui pourrait réveiller la « bête blessée », craignent certains.Nicolas Bay, secrétaire général du parti, estime ainsi que les larges condamnations des propos de Jean-Marie Le Pen et son retrait en Paca constituent «une mesure d'apaisement» suffisante.Florian Philippot a expliqué à l'AFP qu'il voudrait que de cette réunion sorte «quelque chose de plus» que le retrait en Paca pour celui qu'il a comparé vendredi à un «vieux chanteur qui a du mal à partir».

La présence de Jean-Marie Le Pen pas assurée

Reste une incertitude majeure: le patriarche, hospitalisé il y a deux semaines et toujours en «semi-convalescence» selon son entourage, se rendra-t-il à la convocation ? «Je ferai connaître cela en temps utile. Je me repose pour l'instant », a-t-il indiqué samedi à l'AFP.

Wallerand de Saint Just, trésorier du Front, a lui indiqué vendredi, en bon avocat retiré des prétoires, qu'il vaut mieux «toujours se présenter à l'audience». Il s'est dit «prêt» à ce que celle-ci dure «toute la nuit» s'il le faut, afin de s'expliquer au mieux. En toile de fond, c'est la stratégie de «dédiabolisation» de Marine Le Pen qui est en jeu, mais aussi la crédibilité des frontistes, alors que Louis Aliot a par exemple évoqué des «désaccords politiques irréconciliables » et M. Philippot une «rupture totale et définitive».

Et si des approches différentes ont été notées parmi les membres de l'instance face au cas «Le Pen», «on se doute bien que le bureau exécutif suivra l'avis de la présidente», sourit un parlementaire du parti.