Pourquoi Estrosi a fait référence à la «cinquième colonne»

DECRYPTAGE Le député-maire UMP de Nice a soutenu dimanche soir que des «réseaux infiltrés» d'«islamo-fascistes» menaçaient la France...

Victor Point

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Christian Estrosi, le député-maire de Nice, dans sa ville le 22 avril 2015.
Christian Estrosi, le député-maire de Nice, dans sa ville le 22 avril 2015. — SIPA

Le député-maire UMP de Nice aime provoquer. Interrogé sur France 3 dimanche soir sur l'attentat évité contre des églises à Villejuif, Christian Estrosi a affirmé que «la civilisation judéo-chrétienne dont nous sommes les héritiers aujourd'hui est menacée [...] L'immense majorité des musulmans de France [...] se sentent menacés par ce que j'appelle l'islamo-fascisme. [Celui-ci] est présent en Irak, en Syrie [mais aussi] en France, à travers les cinquièmes colonnes et [leurs] réseaux infiltrés dans nos caves, dans nos garages, dans les lieux clandestins.»

«Cinquième colonne»: l'expression, aux accents conspirationnistes, n'a pas été utilisée par hasard. Un peu d’histoire: elle est née pendant la guerre d'Espagne. En 1936, les franquistes cherchent à prendre Madrid aux républicains. Une armée avance vers la ville, disposée sur quatre colonnes. La radio franquiste annonce alors qu’une «cinquième colonne», sorte d’armée de l’ombre, est déjà à l’œuvre dans Madrid, noyautant la ville de l’intérieur. La désorganisation provoquée n’est pas assez grande pour prendre la capitale espagnole, mais l’expression fait florès.

Ennemi fantasmé et invisible

Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, la cinquième colonne désigne notamment les services secrets allemands. Et, par extension, toutes les personnes fuyant en France l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et l’Espagne franquiste, perçues, dans le climat de paranoïa général, comme des agents potentiels.

Les usages, essentiellement politiques, se multiplient pendant le reste du XXe siècle, permettant toujours de désigner un ennemi fantasmé et invisible, dont le seul but serait l’effondrement d’un état en vue de son invasion prochaine. En France, un certain Jean-Marie Le Pen se distingue dans les années 1970: «Il accuse, comme d’autres, le Parti communiste d’être la cinquième colonne des Soviétiques, raconte Nicolas Lebourg, historien spécialiste des extrêmes-droites. Mais il invente aussi une sixième colonne: l’immigration», importante lors de ces années de prospérité.

Le FN réclame des droits d'auteur

Quarante ans plus tard, le PCF n’est plus que l’ombre de lui-même, les colonnes ne sont plus que cinq. La dernière personne publique à avoir utiliser ce terme? Aymeric Chauprade, eurodéputé Front national, ex-chef de la délégation FN-RBM (Rassemblement bleu Marine) au Parlement européen et ex-conseiller aux affaires internationales de Marine Le Pen. L'homme a justement été démis de ses fonctions par la patronne frontiste en janvier en raison de la vidéo dans laquelle il faisait mention d'une cinquième colonne islamiste en France. Aujourd'hui, il réclame, non sans humour, des droits d'auteurs à Estrosi...

 

Désigné par Nicolas Sarkozy pour conduire la liste UMP en Paca aux régionales de décembre, dans une région que le FN, mené par la populaire Marion Maréchal Le Pen, pense pouvoir ravir, Christian Estrosi sait donc sur quels thèmes surfer. D'autant plus que la députée du Vaucluse avait publiquement soutenu les thèses d'Aymeric Chauprade, contre les directives de sa tante.

«Il y a une fusion des droites dans la région, explique Nicolas Lebourg. Christian Estrosi marche clairement sur les plates-bandes du FN.» En tout cas, le député-maire ne regrette absolument pas ses propos, comme il l'écrit dans un tweet ce lundi midi même.