VIDEO. #DirectPolitique: Pour Christian Paul, «il n'y a pas suffisamment de garanties» dans la loi renseignement

POLITIQUE Le député socialiste de la Nièvre était l'invité de «20 Minutes», Linternaute.com, et «Ouest-France» ce mardi à 8h30...

David Blanchard

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Christian Paul (député PS, Nièvre), à #DirectPolitique
Christian Paul (député PS, Nièvre), à #DirectPolitique — Linternaute.com

Le congrès de Poitiers, du 5 au 7 juin, s'annonçait comme une pétaudière. Il pourrait finalement être un long fleuve tranquille. Le PS devrait afficher une certaine unité lors de ce grand raout printanier. Mais alors que le président de la République moque les «tracts du PC des années 1970», quelle doit être la conception d'un socialisme moderne? Christian Paul était l'invité de #DirectPolitique, l'émission politique de 20 Minutes, Linternaute.com et Ouest-France ce mardi matin.

Les chiffres du chômage en mars font franchir un nouveau record avec 3,5 millions de personnes sans activité inscrites à Pôle Emploi. Est-ce un nouvel échec de la politique de François Hollande?

Le chômage, c’est une responsabilité collective. L’économie résulte aussi des choix des entreprises. Il y a une reprise, mais ce n’est pas la fin de la crise. La croissance redémarre, mais pas l’emploi. La politique économique qui est menée aujourd'hui n’est pas suffisante pour lutter contre le chômage de masse. Il ne faut pas gaspiller une minute. Il y a des décisions à prendre. La reprise est générale en Europe. Comment faire pour qu’elle se traduise par des emplois? Il manque la demande des entreprises et des consommateurs. J’ai lu le diagnostic que fait Daniel Cohen. Il dit que le pacte de responsabilité ne suffit pas. Les entreprises n’embauchent pas, parce qu’il y a des capacités de production dans notre pays qui sont sous-utilisées.

François Hollande a lié son avenir politique à cette inversion de la courbe du chômage: peut-il encore être candidat?

Je souhaite évidemment qu’il réussisse. Il reste deux ans, cela permet de faire beaucoup de choses. Nous avons perdu beaucoup de temps ces trois dernières années à cause de mesures d’inspiration libérale. Depuis un an, nous avons le sentiment que les réponses ne sont pas à la hauteur. Mais nous avons aussi trouvé le pays naufragé en 2012.

Le PS se réunit en congrès début juin à Poitiers pour définir sa ligne politique des années à venir, via les fameuses motions, et choisir un leader. Vous avez déposé une motion concurrente de celle de Jean-Christophe Cambadélis, signée par Manuel Valls et Martine Aubry. Le PS, c'était mieux du temps d'Harlem Désir et Jean-Marc Ayrault?

Aux yeux des militants, il n’y a pas de motion majoritaire. Rien ne permet de le dire avant le vote. Avant Valls, il y avait déjà beaucoup d’inquiétudes. Ce n’est pas évident pour le PS le passage aux responsabilités. Sa place, c’est aussi d’avoir un coup d’avance. Ce n’est pas un événement qui doit se jouer à huis clos. Ce serait une faute politique. Jean-Christophe Cambadélis aurait dû accepter, comme je lui demande depuis dix jours, que nous ayons un débat public.

Voterez-vous la loi renseignement le 5 mai prochain, qui instaure une surveillance importante du web?

Il n'y a pas suffisamment de garanties sur les boîtes noires algorithmiques. Je vais demander dans les heures qui viennent au gouvernement des engagements supplémentaires. La CNIL a émis de fortes réserves. Ce sont aussi les miennes. Les réponses apportées conditionneront mon vote et celui d’autres parlementaires. Sur ces questions-là, il y a un déni démocratique.

La CNIL s'est aussi opposée à un fichage des spectateurs de foot en région parisienne, que vient de valider le gouvernement. S'affranchit-il des règles protégeant les libertés?

Il y a une tension très forte depuis longtemps, mais particulièrement en ce moment, entre des impératifs de sécurité, ou l'idée qu'on s'en fait, et la nécessité de protéger les libertés individuelles. Si on a créé une autorité administrative indépendante, comme la CNIL, c'est aussi pour entendre leur point de vue. Sur ces questions, il y aussi un déni démocratique.

Nicolas Sarkozy assure que l'UMP va être renommé Les Républicains. Vous associez vous à la démarche d'un avocat toulousain, qui veut attaquer contre la «récupération» de cette dénomination?

Je suis prêt à participer aux frais de justice de cette procédure. C’est un rapt d'un bien commun. La République n'est ni de droite, ni de gauche. Cette volonté de capter cet héritage républicain comme s'il en avait la propriété est une forme indécente de triangulation. Je ne dis pas que Nicolas Sarkozy n’est pas républicain, encore que quand il a eu des choix à faire des choix républicains à l'occasion des élections départementales, ça s'est terminé par un sombre «ni-ni» qui ne me semble pas être l'idée d'un républicain patenté.