VIDÉO. Bob Maloubier, l’indestructible agent 001, est mort à 92 ans

DÉCÈS Héros de guerre et légende des services secrets français, Robert Maloubier est décédé lundi soir...

L.C. avec AFP

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Robert Maloubier, 87 ans, pose le 05 janvier 2011 chez lui à Houilles en portant au cou l'insigne de l'unité des nageurs de combat.
Robert Maloubier, 87 ans, pose le 05 janvier 2011 chez lui à Houilles en portant au cou l'insigne de l'unité des nageurs de combat. — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Robert Maloubier, dit «Bob», saboteur au service de Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale et père des nageurs de combat français, est décédé lundi soir dans un hôpital parisien à l'âge de 92 ans. «Il a mené son dernier combat contre la maladie en luttant jusqu'au bout», a précisé ce mardi sa compagne.

Un spécialiste du sabotage

Né le 2 février 1923 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Bob Maloubier s’engage à 19 ans dans la section française du Special Operations Executive (SOE), créé par Winston Churchill en juillet 1940 pour saboter et désorganiser les armées allemandes dans l'Europe occupée.

Au service de l'armée britannique, il est parachuté en France deux fois, notamment dans le Limousin au lendemain du débarquement du 6 juin 1944. Il mène des opérations majeures de sabotage contre les forces nazies et survit à plusieurs blessures graves.

L’un des pères fondateurs des services secrets modernes

Après la guerre, il entre à 22 ans dans les services français pour dix ans. Au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, devenu Direction générale des services extérieurs, DGSE). L’agent 001 participe à la création du service action, et fonde en 1952 avec Claude Riffaud l'unité des nageurs de combat.

Les deux hommes dessinent même leur montre de plongée. Blancpain, une maison suisse d'horlogerie réputée, sort en 1953 le premier modèle de la «Fifty Fathoms» (50 brasses, soit 91 mètres, la profondeur à laquelle elle doit encore fonctionner). Cette montre, devenue mythique, sera adoptée par les Navy Seals, les plongeurs de combat américains.

Bob Maloubier poursuit ensuite ses aventures en Afrique, notamment au Gabon et au Nigeria. Il est chargé de mettre sur pied la garde personnelle du président gabonais Léon Mba en 1965, sous l'égide de Jacques Foccart, le responsable des affaires africaines de la France sous plusieurs présidents. En 1967, il est en poste pour Shell à Lagos lorsqu'éclate la guerre du Biafra.

Une carrière tardive d’écrivain

Depuis sa retraite -un mot qu'il abhorrait- à 63 ans, il s'était lancé dans une carrière d'écrivain, racontant sa vie de saboteur et d'agent secret.

L'aventurier a publié peu avant son décès son dixième ouvrage, dédié au lieutenant-colonel britannique Sir Claude Edward Marjoribanks Dansey. Ce «numéro 2 de l'Intelligence service, très peu connu, a eu une existence fabuleuse», estimait-il quelques mois plus tôt, glissant avec malice: «La mienne à côté, c'est une vie de moine!»

Récompensé par les plus hautes distinctions

Moustache blanche, œil pétillant, Bob Maloubier avait reçu de nombreuses distinctions récompensant son héroïsme. Chevalier de la Légion d'honneur, il avait également reçu la Croix de guerre 1939-1945 et il était l'un des deux derniers français survivants à avoir été décoré (1945) à titre militaire de la prestigieuse récompense britannique Distinguished Service Order (DSO).

Début juin 2014, à la veille des cérémonies du 70e anniversaire du débarquement en Normandie, il avait été fait Membre de l'Empire britannique par la reine Elisabeth II lors d'une cérémonie à Paris.

«La guerre pour moi, c'était les plus belles années de ma vie, simplement parce que j'en suis sorti vivant», assurait-il.