François Hollande sur Canal+: Le chef de l'Etat drague-t-il les bobos?

POLITIQUE Après l'interview donnée au magazine branché «Society», le chef de l'Etat sera dimanche dans l'émission de Canal+ «Le Supplément»...

Thibaut Le Gal
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François Hollande interrogé par Cyril Eldin de Canal+ au Salon de l'Agriculture en 2014.
François Hollande interrogé par Cyril Eldin de Canal+ au Salon de l'Agriculture en 2014. — SIPA

François Hollande fêtera le 15 mai prochain ses 3 ans à l’Elysée. Le chef de l’Etat est pour l’occasion l’invité du Supplément ce dimanche sur Canal+. Une émission présentée par la journaliste Maïtena Biraben et diffusée à partir de 12h30 en direct et en clair. «Pour les deux ans, on avait déjà fait un choix audacieux en allant chez Jean-Jacques Bourdin à BFMTV», indique l’entourage du chef de l’Etat. «Cette fois, on s’y prend un peu plus tôt. L’objectif est d’anticiper, prendre la main plutôt que subir l’événement» et les commentaires.

De l'esprit du 11 janvier à l'esprit canal?

L’émission devrait alterner interviews et reportages, dont l’un tourné pendant une semaine aux côtés du président. Pendant deux heures, François Hollande mettra notamment l’accent sur l’une des priorités de son quinquennat: la jeunesse. Le chef de l’Etat sera ainsi interrogé directement par des lycéens présents sur le plateau.

Mais il devra aussi faire bonne figure face aux chroniqueurs humoristiques de l’émission. «L’inspecteur Beaugé» décryptera le style vestimentaire du président, et le comédien-chroniqueur Cyrille Eldin interrogera de manière décalée les politiques de tous bords sur son image et son action.

L’esprit canal aurait-il remplacé celui du 11 janvier? «C’est un choix singulier. Il y a une volonté de surprendre pour créer l’attention mais le président abordera des sujets sérieux, la montée du Front National et la lutte contre le terrorisme», indique-t-on à l’Elysée.

«Il faut qu'il soit bon»

«Est-ce que c'est une bonne idée? Je peux tenir les deux points de vue, commente un cadre du PS. Mais maintenant que c'est décidé, il faut qu'il soit bon. Il faut répéter, assumer, illustrer sa politique». C'est en tout cas un élément de «modernité» insufflé par Gaspard Gantzer.

Cet énarque, né en 1979, fêtera dans quelques jours son premier anniversaire à la tête du pôle communication à l'Elysée. «On était dans une période flottante ces deux dernières années dans la pédagogie. Avec l’arrivée de Gaspard, la communication est plus structurée, plus ordonnée, plus stricte», reconnaît un proche du président de la République. «Je regrette qu’on n’ait pas commencé directement avec cette équipe en 2012».

Le mot «bobo» agace l'Elysée

L’interview intervient un mois après un long entretien du chef de l’Etat donné au magazine «branché» Society. Ces deux sorties médiatiques ciblent davantage une population jeune et urbanisée. François Hollande draguerait-il les bobos? A l'Elysée, le mot agace. «Le président s’adresse à tous les publics. Il a fait RMC, France Inter, Le Monde, Le Parisien…», égrène un membre de la communication présidentielle. «Pourquoi serait-il interdit d’aller à Canal+? Je ne comprends même pas ces critiques».

Dans son propre camp, pourtant, des dents grincent. «S’il pense que la reconquête de l’opinion passe par les bobos parisiens, c’est une erreur grossière. Ce qui compte, c’est de parler aux Français, à ceux qui vivent la crise», se désole un conseiller gouvernemental aux Echos. «Il tente de ramener vers lui les élites de gauches, le cœur de l’électorat socialiste», note Philippe Moreau Chevrolet, président et fondateur de l'agence de communication MCBG. «François Hollande veut reconstituer une dynamique de campagne en vue de 2017 mais ce geste peut être perçu comme une provocation par une partie de la gauche et les classes populaires».

Le député frondeur Laurent Baumel botte en touche. «Ce qui compte, c’est le fond. S’il annonce des inflexions à sa politique, s’il prend compte des défaites électorales, alors tous les supports sont légitimes».