Mis sur écoute, Claude Guéant répète qu'il «ne balancera pas»

JUSTICE «Le Monde» révèle les conversations que l'ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy tenait sur un portable qu'il pensait sûr...

O. G.

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Paris le 03 fevrier 2012. Quartier general des pompiers de Paris. Inauguration du centre operationnel des pompiers en presence de Bertrand Delanoe maire de Paris et Claude Gueant ministre de l'interieur.
Paris le 03 fevrier 2012. Quartier general des pompiers de Paris. Inauguration du centre operationnel des pompiers en presence de Bertrand Delanoe maire de Paris et Claude Gueant ministre de l'interieur. — Alexandre GELEBART

Dans les coulisses du cruel monde de la politique. Selon une enquête publiée dans Le Monde daté de ce mercredi, Claude Guéant, même en difficulté, ne renonce pas à la loyauté. L'ancien ministre, qui a été mis en examen en mars 2015 pour faux et usage de faux dans l'affaire des tableaux flamands, répète dans des conversations privées qu'il ne compte pas «balancer». Le quotidien du soir dévoile en effet les conversations intimes de l’ancien ministre de l’Intérieur, datant de 2013, lorsqu'il est mis sur écoutes par les policiers mandatés par les juges dans l’affaire du financement supposé de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007 par la Libye. Claude Guéant avait confié le numéro d’un second portable, qu’il pensait plus sûr…

Soupçon de financement libyen de la campagne de Sarkozy: Le fils de Claude Guéant placé en garde à vue

Dans ces échanges téléphoniques, on découvre un Claude Guéant qui se sent isolé, oublié par ses anciens camarades et même par son mentor, Nicolas Sarkozy. En effet, en 2013, date de ces enregistrements, l’ancien ministre est à l'époque mis en cause dans l’affaire des primes du ministère de l’Intérieur et dans l’affaire du supposé financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007.

«Je me défends mais de là à mettre en cause des gens»

Dans ses conversations, on entend ses enfants, chacun à leur tour, l’encourager à «balancer» des informations compromettantes. «Il a intérêt à se méfier parce que le jour où tu vas décider de balancer... tu vas voir», lui dit par exemple sa fille, quand Claude Guéant répond: «Oh bah... je vais pas balancer». Quoique parfois, l’ancien ministre de l’Intérieur se targue d'avoir de quoi faire chanter, selon le quotidien du soir… «Je sais quelques petits trucs quand même! (…) On n’est pas ministre de l’intérieur en vain!», dit-il notamment, sans préciser de quelles affaires il parle. De là à faire tomber ses anciens camarades? Certainement pas. Quand sa fille lui demande, une nouvelle fois: «Mais pourquoi tu débines pas aussi toi, hein?», il répond: «Ah non c’est pas mon genre (…) Je vais pas débiner Dupont, Durand,… (…) Je me défends mais de là à mettre en cause des gens.»

Les socialistes mis en cause

Mais cette enquête du Monde risque surtout de mettre mal à l’aise le Parti socialiste. En effet, dans ces écoutes, Claude Guéant met en cause les socialistes qui seraient à la manœuvre et auraient monté cette affaire libyenne. Les enquêteurs ont en effet retenu une conversation avec Alexandre Djouhri, intermédiaire pour de gros contrats à l’étranger. Ce dernier confie que Bechir Saleh, l’ancien directeur du cabinet de Mouammar Kadhafi, aurait été approché par des socialistes. En effet, il explique à Guéant par téléphone: «Figure-toi, que les socialos lui ont proposé de raconter des conneries. De dire, voilà, oui, effectivement, j’aurais financé… des… mais des saloperies, et là, ils lui donnaient l’école pour les enfants, ils demandaient à la Libye de lever le mandat d’Interpol.» «C’est une magouille, s’exclame Claude Guéant. C’est incroyable.»