François Fillon, programmé pour Matignon

Pierre Koetschet

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M. Sarkozy a insisté sur sa volonté "d'agir vite" et de constituer rapidement un gouvernement "ouvert" comprenant des personnalités de gauche et du centre. Selon son directeur de campagne Claude Guéant, il nommera le 17 mai son Premier ministre, qui devrait être François Fillon.
M. Sarkozy a insisté sur sa volonté "d'agir vite" et de constituer rapidement un gouvernement "ouvert" comprenant des personnalités de gauche et du centre. Selon son directeur de campagne Claude Guéant, il nommera le 17 mai son Premier ministre, qui devrait être François Fillon. — Olivier Laban-Mattei AFP

Sauf surprise, François Fillon, 53 ans, a été nommé au poste de Premier ministre. Il devrait occuper un rôle de super directeur de cabinet, comme l’a défini Nicolas Sarkozy. Une fonction auquel l’ancien ministre des affaires sociales se prépare depuis 2004.

Pendant cette campagne, François Fillon a rempli sans fausse note le rôle parfois ingrat de bras droit de Nicolas Sarkozy, chargé d’apaiser les conflits, de lisser les angles, d’organiser les réseaux. Leur complémentarité saute aux yeux. Elle ne coulait pourtant pas de source.

«On ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes.»

Retour au printemps 2005. François Fillon, ancien gaulliste social proche de Philippe Séguin, est K.O. debout. Ministre des Affaires sociales jusqu’en 2004 puis de l’Education nationale, François Fillon n’est pas retenu par Dominique de Villepin quand il forme son gouvernement après l’échec au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Amer, il lâche: «Quand on fera le bilan de Chirac, on ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes.» Sans états d’âme, il se met au service de Nicolas Sarkozy: «En me virant, ils ont fait de moi son futur directeur de campagne.»

En réalité, le rapprochement date de 2004. Au départ, Nicolas Sarkozy est circonspect. «Vous avez vu mon nouvel ami? Il est bien, non?», lance-t-il ironique aux journalistes. Pourtant, il va vite voir quel intérêt représente pour lui François Fillon.

Assistant parlementaire

Comme lui, il n’est pas issu du sérail. Fils d’un notaire du Mans, il n’a pas fait l’ENA mais un D.E.A. de droit public. Il a commencé en bas, comme assistant parlementaire.

Longtemps, il a eu la réputation d’un frileux surnommé «courage Fillon». On raille sa mèche rebelle, son look de gentleman farmer nonchalant. Mais il ne cède pas quand il s’agit de mener la difficile réforme des retraites. Dans l’ombre de Nicolas Sarkozy, il ficelle le projet, apaise les différends, fait tourner la machine.

Placide dans les négociations, il relâche la pression sur la piste. Passionné de course automobile. le sénateur de la Sarthe participe d'ailleurs chaque année aux 24 heures du Mans classiques au volant d'une Ferrari 250 GTO. Il lui faudra un bon coup de volant pour éviter les embûches de Matignon, cimetière des ambitions politiques.