Crise au FN: «Cela ressemble à un vaudeville. On devrait en avoir honte», déplore Paul-Marie Coûteaux

INTERVIEW L'un des porte-paroles de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012 livre son analyse…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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La présidente du FN Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen, le 21 février 2012 à Paris. Lancer le diaporama
La présidente du FN Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen, le 21 février 2012 à Paris. — Jacques Brinon/AP/SIPA

Ancien conseiller ministériel puis député européen, Paul-Marie Coûteaux a été proche de Marine Le Pen entre 2011 et 2014. Le souverainiste, fondateur du micro-parti SIEL, a été porte-parole de la candidate à la présidentielle de 2012. L’homme a notamment ramené au Front national l’actuel vice-président Florian Philippot, et Philippe Martel, chef de cabinet de Marine Le Pen. Après des brouilles, les routes politiques de Marine Le Pen et Paul-Marie Coûteaux se séparent en 2014. L’ancien soutien revient pour 20 Minutes sur le fonctionnement du FN.

La crise au FN vous surprend-t-elle?

C’est en tout cas stupéfiant de faire de la politique à coup de dramaturgie familiale. Cela ressemble à un vaudeville. On devrait en avoir honte.

Que cela vous inspire-t-il?

Marine Le Pen ne s’est pas libérée de la tutelle de son père. Elle est pourtant présidente du parti depuis 2011. N’ayant jamais rompu avec Jean-Marie Le Pen, ni avec ses idées, elle n’a pu s’affranchir de la tutelle du père sur le parti. C’est une déception, car la ligne «ni droite, ni gauche» la mènera à l’échec: Un parti comme le FN a besoin de partis alliés pour avoir un espoir d’accéder au second tour de la présidentielle.

Selon vous, pourquoi Marine Le Pen ne s’est-elle pas «affranchie»?

Comment risquer de braquer le patriarche, mais aussi la manne financière? Car oui, il y a aussi un aspect financier. Jean-Marie Le Pen est riche, il finance le parti et il détient une fortune personnelle. Le livre de Philippe Cohen [Le Pen, une histoire française] est très instructif à ce sujet. Par ailleurs, les deux se parlent tous les jours, se rencontrent presque tous les jours. Jusqu’en 2014, à plus de 45 ans, la fille habitait toujours chez son père à Montretout. Ce n’est pas vraiment le signe d’une émancipation, mais plutôt celui d’une dépendance et d’un enfermement familial.

Et sur le terrain des idées?

Il y a un lien fort, obsédant: Là encore, pas d’émancipation. Lors de la création du parti SIEL, en 2011, Marine Le Pen était tout d'abord dubitative. Nous avons compris qu’il fallait travailler au corps Jean-Marie Le Pen pour qu’il change d’avis. Cela s’est fait, Marine Le Pen a ensuite accepté le SIEL. Nous avons eu une convention, des sièges aux élections…

Vous soulignez que Marine Le Pen n’a jamais voulu «dépasser» le FN…

Non, elle est restée dans le bunker, au sens littéral et figuré. Elle n’a jamais voulu transcender ce parti, le débaptiser pour en faire une nouvelle formation large et revendiquée à droite. Sa manière de rester «hors-système», populiste, typique de l’extrême droite, va la mener à l’échec.