FN: Pourquoi l'interview à «Rivarol» a mis le feu aux poudres entre Jean-Marie Le Pen et sa fille

FN Après une interview coup de poing de Jean-Marie Le Pen, sa fille a annoncé qu'elle ne soutenait pas la candidature de son père en Paca pour les régionales...

Oihana Gabriel

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Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine Le Pen le 30 novembre 2014.
Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine Le Pen le 30 novembre 2014. — APERCU/SIPA

«L’on n’est jamais trahi que par les siens», lâche Jean-Marie Le Pen dans une interview sanglante à l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol. La guerre larvée durait depuis des années, cette fois la rupture est consommée entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, qui compte s'opposer à sa candidature en Paca, parlant de cette interview comme d'un «suicide politique». 20 Minutes vous explique pourquoi l'interview à Rivarol a mis le feu aux poudres.

Rivarol, l'ennemi de Marine Le Pen

Rien n’a été laissé au hasard. «Rivarol s’est toujours montré très hostile à Marine Le Pen et à sa stratégie [de dédiabolisation] pour le FN. Le journal avait pris fait et cause pour Bruno Gollnisch dans la guerre de succession au FN», explique à 20 Minutes le chercheur au CNRS Gilles Ivaldi. Après son arrivée à la tête du FN en 2011, Marine Le Pen est toujours l'ennemie n°1 de l'hebdomadaire qui la décrit comme une «gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal, dont l’entourage n’est composé que d’arrivistes sans scrupule, de juifs patentés et d’invertis notoires.» D'ailleurs, sur le blog droite-extrême du Monde, Jérôme Bourbon, le patron de l'hebdomadaire, ne cachait pas les raisons de sa croisade contre Marine Le Pen: «Pour moi, Marine Le Pen est un démon, c'est l'ennemie absolue à tout point de vue, sur le plan moral, sur le plan politique, sur le plan intellectuel. C'est une catastrophe absolue, je n'ai aucune confiance en elle. C'est une révulsion totale, qui est réciproque d'ailleurs.»

Des thèmes choisis avec minutie

Si Jean-Marie Le Pen a choisi avec soin le lieu du crime, il a aussi multiplié les thèmes pour s'opposer frontalement à sa fille. Le programme économique du FN? Trop à gauche pour Le Pen père, qui tacle: «C’est ridicule de demander la retraite à 60 ans alors que moi, à la tête du FN, pendant des décennies, je l’ai demandée à 65 !». Et loin de l’entreprise de dédiabolisation de Marine Le Pen, le député européen, au contraire, défend les thèmes traditionnels de l’extrême-droite: défense du pétainisme (qu'il avait laissé de côté depuis quelques temps), la haine de l’immigré, en remet une couche sur les chambres à gaz…

Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen et Rivarol, un trio infernal il y a dix ans déjà

Comme le rappelle L'Obs, la première fois que Le Pen père et fille se sont frontalement opposé politiquement remonte à une 2005, dix ans tout pile, lorsqu'alors, tout juste élue députée européennes, Marine Le Pen lit dans Rivarol les propos de son père sur l'occupation allemande qui «n'a pas été particulièrement inhumaine». Un dérapage qui marque Marine Le Pen, qui met plusieurs jours à parler à son père pour une explication orageuse, et fuit le bureau politique pendant des mois.

Pourquoi cette fois la rupture est consommée?

De l'occupation allemande, aux chambres à gaz, en passant à la «fournée» de Patrick Bruel, ce n'est pas la première fois que les Le Pen se déchirent en place publique. Pourtant, pour Gilles Ivaldi, aucun doute, cette fois «la crise est profonde et inédite. Elle montre bien le changement des équilibres internes au sein du FN et le déclin des lepénistes historiques». Le chercheur détaille les trois aspects de cette guerre familiale. «Sous l’angle personnel, Jean-Marie Le Pen vit difficilement de devoir passer la main après avoir été le leader charismatique et adulé du FN pendant près de 40 ans. Il y a sans nul doute une dimension psychologique forte ici. Sous l’angle politique, ensuite, il est opposé à la stratégie de normalisation et de conquête du pouvoir de sa fille. Il pense au contraire que le FN ne peut prospérer qu’en tant que force protestataire et radicale. En termes culturels, enfin, Jean-Marie Le Pen reste imprégné par sa culture d’extrême-droite, sa fréquentation des milieux pétainistes et révisionnistes pendant de longues années. C’est aussi cela qui resurgit dans cette crise.»

Une bonne nouvelle, au final, pour Marine Le Pen?

«C’est une arme à double tranchant, explique Gilles Ivaldi. D’un côté, c’est préjudiciable au FN car cela illustre la persistance de la culture d’extrême-droite au sein du FN, renvoyant aussi aux polémiques autour des candidats FN aux départementales. De l’autre, c’est également une opportunité pour Marine Le Pen de se démarquer de son père et d’ancrer un peu plus l’image de la dédiabolisation.» Ce coup dur pourrait donc trouver une issue positive: «une candidature de Marion Maréchal en Paca à la place de Jean-Marie Le Pen pourrait s’avérer beaucoup plus porteuse pour le parti. Au final, Jean-Marie Le Pen a peut-être, sans le vouloir, rendu service à sa fille et aux artisans de la dédiabolisation du FN.»