Mort de Jean Germain: Des politiques dénoncent la «pression» médiatique et sociale

FAITS DIVERS «Voilà un homme qu'on a conduit à la mort!», a déploré Christian Cambon, sénateur UMP du Val de Marne…

20 Minutes avec AFP

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Ce mardi, le sénateur PS et ex-maire de Tours, Jean Germain, 67 ans, a été retrouvé mort d'une balle dans la tête à son domicile.
Ce mardi, le sénateur PS et ex-maire de Tours, Jean Germain, 67 ans, a été retrouvé mort d'une balle dans la tête à son domicile. — Alain Jocard AFP

Beaucoup d'hommes politiques, tout en s'abstenant de mettre en cause la justice, faisaient le lien mardi entre la mort de Jean Germain et «la pression» de plus en plus forte exercée sur les élus par les médias et l'opinion publique.

>> Mort de Jean Germain: Mis en cause, ces hommes politiques se sont suicidés

Si François Hollande et Manuel Valls, exprimant leur émotion, n'ont pas lancé d'accusations, des membres du gouvernement ont été plus critiques. Le sénateur PS «Jean Germain n'a pas supporté de voir son honneur bafoué dans les médias et de comparaître comme accusé, alors qu'il se considérait comme innocent et victime d'une manipulation», a estimé le ministre du travail, François Rebsamen. Le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve a rendu hommage aux hommes publics « confrontés à la violence de la vie publique ».

Pour Gérard Larcher, «système qui s'emballe, sans discernement» 

Une violence décriée par Gérard Larcher. Devant l'ensemble des collègues de Jean Germain, le président UMP du Sénat a dénoncé un « système qui s'emballe, sans discernement, sans considération pour l'honneur (...) qui n'a finalement jamais rien retenu depuis Pierre Bérégovoy ».

L'ancien Premier ministre socialiste de François Mitterrand, Pierre Bérégovoy, s'était suicidé le 1er mai 1993, un mois après avoir quitté Matignon, alors que son nom avait été cité dans une affaire politico-financière, sans qu'aucune action judiciaire n'ait été engagée contre lui.

L'écologiste Noël Mamère, invoquant la mémoire de Pierre Bérégovoy, a appelé à «s'interroger sur le regard que l'on porte sur la politique». «Le venin, le poison qui a été instillé par (Jean-Marie) Le Pen dans les années 80 sur les "politiques tous pourris" est en train de produire ses effet», a-t-il assuré.

Le député UDI du Loir-et-cher Maurice Leroy a lui «pensé» à Roger Salengro. Socialiste également, ce ministre de l'Intérieur du Front populaire de Léon Blum, s'était suicidé le 17 novembre 1936, après avoir été victime d'une campagne de calomnies de la part de journaux d'extrême droite.

«Voilà un homme qu'on a conduit à la mort!»

Pour Christian Cambon, sénateur UMP du Val de Marne, face à Jean Germain, «certains journalistes ou certains juges auraient dû faire très attention. Voilà un homme qu'on a conduit à la mort!»

«Il faut cesser de croire que les élus s'en mettent plein les poches, c'est archi-faux», a lancé le député UMP Jacques Myard dans les couloirs de l'Assemblée, critiquant le «tribunal médiatique».

Mais si «la pression se fait de plus en plus forte», elle n'est pas seulement imputable aux médias, selon le trésorier de l'UMP Daniel Fasquelle. «On a des concitoyens qui se comportent parfois comme des consommateurs. Ils consomment du service public, ils consomment des élus, ils deviennent exagérément exigeants, et refusent parfois de prendre en compte les contraintes qui pèsent aussi sur les élus.»

«Un renforcement de la vigilance des contre-pouvoirs»

Jean Garrigues, historien et professeur à l'Université d'Orléans, note effectivement, depuis vingt ans, «un renforcement de la vigilance des contre-pouvoirs médiatiques et judiciaires, une moindre indulgence de l'opinion publique par rapport aux dysfonctionnements des hommes de pouvoir», «le fonctionnement d'une démocratie de proximité notamment pour les élus locaux, qui accroît la pression du citoyen sur l'élu» et «le renforcement de la judiciarisation de l'exercice politique».