Mort de Jean Germain: Un homme chaleureux affecté par les mises en cause

PORTRAIT L'ancien maire de Tours a été retrouvé mort dans le garage de son domicile tourangeau dans la matinée...

A.B.

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Jean Germain, alors maire PS de Tours, le 18 octobre 2013 devant l'hôtel de ville
Jean Germain, alors maire PS de Tours, le 18 octobre 2013 devant l'hôtel de ville — ALAIN JOCARD AFP

Il devait comparaître ce mardi pour sa mise en cause dans l'affaire des «mariages chinois», mais l'ancien maire de Tours Jean Germain a été retrouvé mort à son domicile tourangeau dans la matinée. Retour sur la carrière de l'homme, engagé et attaché à la ville de Tours.

Pur produit tourangeau

Né en 1947, Jean Germain, a grandi en Indre-et-Loire, entre Bourgueil et Tours, la ville qui l'a vu naître. Il y étudie et y enseigne le droit à l’université François-Rabelais, où il devient maître de conférences en droit public, avant de prendre de 1988 à 1993 la présidence de l'établissement. Une fonction qu'il quittera à sa nomination en tant qu'inspecteur général de l'Éducation nationale.

Impliqué dans la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur, sa maîtrise du monde universitaire lui vaut quelques années plus tard de se voir confier par Pierre Moscovici et Jack Lang, alors ministres des Affaires européennes et de l’Education, une mission sur les moyens d’amplifier la mobilité étudiante en Europe.

Dès 1973, ce Mitterrandien adhère au parti socialiste et fait dix ans plus tard son entrée au conseil municipal, dans l'opposition et pilote le PS en Indre-et-Loire à partir de 1987. Jean Germain sera aussi directeur de cabinet d’André Laignel, secrétaire d’Etat à la formation professionnelle, ​entre 1988 et 1991. Mais c'est en 1995 que sa carrière politique décolle. A l'occasion d'une triangulaire, ce pur produit tourangeau crée la surprise en ravissant la mairie de Tours à l'indéboulonnable Jean Royer, le gaulliste en place depuis trente-six ans.

Grands chantiers et politique locale

Installé dans ses nouvelles fonctions municipales, Jean Germain lance de grands chantiers, donnant naissant au nouveau quartier des Deux-Lions, doté de nombreux commerces et entreprises, et lance la création d'une ligne de tramway, en circulation depuis 2013.

En plus d'occuper le fauteuil de maire pendant une quinzaine d'années, il est réélu en 2001 puis en 2008, Jean Germain étoffe sa carrière d'homme politique local. Il occupe ainsi la vice-présidence de la région Centre entre 1998 et 2011 et le poste de président de la communauté d’agglomération Tour(s)+ de 2000 à 2014. Dernière corde à son arc politique: Jean Germain est élu sénateur en 2011.

Un homme «simple», affecté par sa mise en cause

Dans la famille Germain, les arts de la table occupent une place de choix. Le père est pâtissier et restaurateur et la grand-mère officiera dans les cuisines de l'Elysée jusqu'à l'âge de 81 ans. Père de deux enfants et proche de François Hollande et Manuel Valls, Jean Germain est décrit par son entourage comme un gourmet, un homme chaleureux, simple, plein d'humour et fidèle en amitié. Un homme capable aussi de coups de sang, comme le rapporte La Nouvelle République, et profondément affecté par les mises en cause dont il a fait l'objet.

En 2011, Jean Germain est accusé par la Cour des comptes d'avoir été rémunéré durant dix-huit ans pour le poste d'inspecteur général, qu'il aurait trop peu occupé. «Choqué et blessé» par ces allégations, Jean Germain avait démenti, avant d'être emporté dans la tourmente de l'affaire des «mariages chinois», qui portera un coup à sa carrière. «Il y a de quoi se flinguer, c’est une souffrance terrible», déclarait-il au Monde en juin 2013, quelques mois avant sa mise en examen pour «complicité de prise illégale d'intérêts et de détournement de fonds publics».

Battu lors des municipales de 2014 par son ancien camarade d'école Serge Babary (UMP), Jean Germain démissionne du conseil municipal et vit très mal le fait que son nom soit associé à ce scandale. «Je n’ai pas piqué dans la caisse», avait-il coutume de répéter. Dans une lettre lue ce matin par son avocat, Jean Germain écrivait: «Soyez sûr que je n'ai pas détourné un centime». L'ancien maire de 67 ans a été retrouvé mort ce mardi. Il s'est suicidé alors qu'il devait comparaître pour l'ouverture du procès «des noces romantiques».