«Croyant», «mystique», «politique»... Les présidents de la République et dieu

RELIGION Le journaliste Marc Tronchot s'est intéressé à la foi de nos chefs d'Etat...

Thibaut Le Gal

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STEVENS FREDERIC/SIPA, Stephane Vansteenkiste/SIPA, SIPAHIOGLU/SIPA, VALERY HACHE / AFP
STEVENS FREDERIC/SIPA, Stephane Vansteenkiste/SIPA, SIPAHIOGLU/SIPA, VALERY HACHE / AFP — STEVENS FREDERIC/SIPA, Stephane Vansteenkiste/SIPA, SIPAHIOGLU/SIPA, VALERY HACHE / AFP

Les chefs d'Etat ont tous été confrontés, de près ou de loin durant leur mandat, au fait religieux. Dans Les présidents face à dieu, le journaliste Marc Tronchot tente de percer le mystère de la foi des présidents de la Ve République. 20 Minutes en a sélectionné quatre.

De Gaulle, «le plus croyant»

«De tous les présidents de la Ve République, de Gaulle est assurément le plus croyant», indique Marc Tronchot. D’éducation chrétienne, il avait fait installer une chapelle au palais de l’Elysée. Mais «il a toujours privilégié l’intérêt public même aux dépens de sa foi privée», note l’auteur. Ainsi, si l’homme est «naturellement hostile à l’idée de contraception», il autorise le projet de loi.

«La ferveur catholique de Charles de Gaulle était chevillée à la France», résume l’auteur. Lorsque les de Gaulle échappent aux attentats, de Pont-sur-Seine (Champagne-Ardenne) en 1961, ou de Petit-Clamart en 1962 (Hauts-de-Seine), le couple regarde au ciel. «Quand on a une foi aussi solide, on croit vraiment que les miracles sont possibles […] Charles de Gaulle et sa femme pensaient tous les deux qu’il n’y avait pas de hasard», témoigne Laurent de Gaulle, petit-neveu du général.

François Mitterrand, «le plus mystique»

«La tradition catholique est bien ancrée dans la famille du jeune garçon», révèle Marc Tronchot. François Mitterrand sera donc «imbibé de culture catholique». C’est au contact de la guerre, probablement, qu’il «commence à douter, ses convictions sont ébranlées». Puis vient la politique. Le socialisme, plutôt que l’Eglise, qu’il estime, en 1980, «coupée des masses ouvrières».

«Avec la tête je suis agnostique, je ne sais pas, je n’ai pas de croyance particulière, mais avec le cœur, j’adhère, je sens qu’il y a des choses qui nous dépassent et avec le cœur, on pourrait dire que je suis croyant», révèlera-t-il. Puis avec l’âge, et la maladie, il revient à la religion, aux forces mystiques. «Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas», lâche-t-il aux Français, lors de ses derniers vœux en 1994.

Nicolas Sarkozy, «il peut implorer Dieu», ou «l’engueuler»

Il «laissera le souvenir d’un chrétien fort démonstratif et très identitaire», assure Marc Tronchot. Nicolas Sarkozy n’a «jamais été un jeune et ardent catholique […] Quant à la religion juive, elle ne le passionne guère davantage», ajoute-t-il. Nicolas Sarkozy, un «catholique ordinaire». «Comme il a le tempérament qu’on lui connaît, il peut implorer le Seigneur mais on peut parfaitement imaginer qu’il peut aussi lui arriver de l’engueuler», explique son ami et écrivain Denis Tillinac. Avec Nicolas Sarkozy, «la religion n’est jamais très loin de la politique», note l’auteur.

Racines chrétiennes, place de l’islam, culture religieuse… «Ces thèmes semblent l’obséder et font de lui une véritable exception dans l’histoire de la Ve République», poursuit le journaliste. Denis Tillinac développe: «Nicolas Sarkozy a considéré que nous étions dans un moment où il y avait vraiment une vacance en ressorts moraux, en structures fondatrices […] Il a donc pensé qu’on ne pouvait plus occulter le sujet», et ajoute. «Il a dû parallèlement, penser que ce n’était pas politique maladroit, bien sûr».

François Hollande, la religion «utile»

François Hollande a reçu une éducation catholique, fréquentant un temps un établissement tenu par les frères lassaliens. Jean Glavany, qui le connaît de longue date, explique qu’«un beau jour, au milieu de ses études d’après ce que j’ai cru comprendre, il rompt avec la religion. Qui ne lui inspirera dès lors que prudence et réserve». En 2002, il dit: «J’ai plutôt la conviction que Dieu n’existe pas, que le contraire. J’ai longtemps été agnostique, désormais mes doutes se sont transformés en certitudes».

«Il y a dans la relation qu’entretient François Hollande avec la religion un côté fondamentalement pratique. Utile», écrit l’auteur, le décrivant très attentif au dialogue avec ces autorités religieuses, notamment autour de la question sociale et du vivre ensemble. «S’attaquer à la laïcité ou à la liberté de culte, revient dans les deux cas à s’en prendre à la République», résume Marc Tronchot, évoquant les événements de janvier 2015.