Taubira: La gauche a commis une «faute» en adoptant «les mots de la droite»

PS La ministre, souvent présentée comme la caution du gauche du gouvernement détaille à L'Obs sa vision de sa famille politique...

20 Minutes avec AFP

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Christiane Taubira Garde des Sceaux le 20 mars 2015 à Genève.
Christiane Taubira Garde des Sceaux le 20 mars 2015 à Genève. — Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

La gauche a commis une «faute» en adoptant «les mots de la droite» depuis une dizaine d'années et en renonçant «à l'idéal, aux utopies» au nom du «pragmatisme», déplore Christiane Taubira dans un entretien à paraître jeudi dans L'Obs.

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«Elle a renoncé à l'idéal, aux utopies»

Interrogée par l'hebdomadaire sur les raisons des succès du Front national, la ministre de la Justice répond: «La gauche a subi depuis une dizaine d'années des défaites culturelles et sémantiques terribles. La gauche a adopté les mots de la droite - c'est une faute - parce qu'elle a cru qu'elle devait constamment démontrer ses capacités gestionnaires. Elle a renoncé à l'idéal, aux utopies.» Selon elle, la gauche «a voulu montrer qu'elle faisait toujours des choses équilibrées, ce qui est exactement le contraire du mouvement, et qu'elle était pragmatique, un qualificatif qui est vraiment un parent très pauvre de la politique».

Lorsque L'Obs lui fait remarquer que le pragmatisme est «le mot que Manuel Valls utilise pour définir la gauche moderne», Christiane Taubira se dit «solidaire de l'action du Premier ministre», «mais ce n'est pas le vocabulaire dans lequel je puiserais pour définir la gauche». Pour autant, «je ne crois pas que la gauche puisse mourir», «l'idéal de la gauche, c'est-à-dire la lutte contre les injustices, les inégalités, le souci de la justice sociale, ne peut pas disparaître», estime la garde des Sceaux. «Toute l'action du gouvernement va dans ce sens», assure-t-elle, évoquant le plan de lutte contre l'exclusion et la pauvreté, le plan pour les quartiers et le développement des bourses.

«Il y a des tas de textes sur lesquels je me bats à l'intérieur»

La ministre, souvent présentée comme la caution de gauche d'un gouvernement social-libéral, prend soin de soutenir la politique économique mise en oeuvre. «Le gouvernement a choisi de relancer l'activité économique car la prospérité est la condition de la redistribution», dit-elle. «Les frondeurs ne remettent pas en cause le principe des efforts, ni celui de l'injection de moyens dans l'activité économique. Simplement il y a des discussions (...) la gauche, c'est le débat, ce n'est pas le césarisme.» «Il y a des tas de textes sur lesquels je me bats à l'intérieur (du gouvernement, ndlr) et je remporte de vraies victoires. Mais je ne vais pas m'en vanter. Le jour où je ne voudrai plus me battre à l'intérieur, je m'en irai», conclut-elle.