Départementales 2015: Les 5 enseignements du scrutin

POLITIQUE Les cinq choses à savoir au lendemain du premier tour des élections départementales…

Anne-Laëtitia Béraud

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Nicolas Sarkozy au siège de l'UMP à Paris le 22 mars 2015.
Nicolas Sarkozy au siège de l'UMP à Paris le 22 mars 2015. — WITT/SIPA

Au lendemain du premier tour des élections départementales, marquée par une abstention à 49,8%, la droite a viré en tête devant une gauche divisée et un FN en forte progression. L’UMP et le centre totalisent 29,40%, devant le FN à 25,19% puis le PS à 21,85% (28,66% avec les divers gauche), 6,09% pour le Front de gauche, 2,03% pour EELV. Voici les 5 grands enseignements du scrutin, en cinq points…

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Succès pour la droite alliée au centre

L’union de la droite et du centre est la grande gagnante de ce premier tour. La droite obtient dimanche 22 mars 220 sièges (soit 110 binômes), contre 56 pour la gauche, 8 pour le Front national et 6 divers. La droite peut ensuite espérer conserver une quarantaine de départements et en gagner une quinzaine sur la gauche. Parmi eux, le Nord, jusqu'alors bastion de la gauche, mais aussi la Seine-et-Marne, les Pyrénées-Atlantique ou encore le Lot-et-Garonne et le Doubs. 

Cette victoire est par ailleurs une «bonne nouvelle» pour Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, selon Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po, spécialiste de sociologie électorale. «Personne n'avait beaucoup de gratitude pour cette fonction obscure», explique-t-il à 20 Minutes. «Sa stratégie s'appuie sur cette victoire de la droite locale. Sur le terrain, ces élus sont capables de créer un lien de confiance avec les électeurs. Dans les conseils municipaux, départementaux, on leur fait confiance. Sarkozy prenait cette droite de haut, mais elle lui apporte la victoire.» 

Progression historique du FN

Le score de 25,19% du Front national est en progression de 10 points par rapport aux cantonales de 2011. Un chiffre qualifié d'«exploit» par Marine Le Pen, car il dépasse le score des Européennes (24,86%). «Le grand gagnant incontestable de la soirée, c’est le FN», explique à 20 Minutes Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut de sondage Polling Vox. «On n’est pas obligé de croire la communication bulldozer de Manuel Valls (…) Le FN fait 10 points de plus qu’en 2011, et fait 5 points de plus que le parti au pouvoir… La symbolique est terrible. Cette réaction du PS, qui se félicite du score du FN, c’est dire le niveau de crise où l’on est. C’est surréaliste», ajoute-t-il.

Les têtes d'affiche élues ou en ballotage

Dans 43 départements sur 98 où le scrutin avait lieu, le FN arrive en tête. Il s’enracine dans ses bastions du sud-est ou du nord/nord-est, et est la première force dans l'Aisne, la Somme, l'Oise, la Haute-Marne. Il arrive par ailleurs en tête dans les Côtes d'Armor (19%), là où gauche et droite étaient divisées. Le FN sera présent au second tour dans environ 1.100 cantons, sur 1.900 encore à pourvoir.

Le PS arrive troisième

Le PS réalise 21,85% selon des résultats partiels du ministère de l'Intérieur. Il atteint 28,66% avec les divers gauche. Ce chiffre est largement au-dessus de son score des Européennes de 2014 (14%), mais cela reste une claque.

La gauche sera ainsi absente dans 524 cantons au second tour, «dont une centaine que nous aurions pu remporter, en raison de la division de la gauche», a affirmé dimanche soir le secrétaire d'Etat Jean-Marie Le Guen. Pour le PS de François Hollande - dont le fief corrézien est menacé de basculer à droite - s'annonce un nouveau et sérieux coup de semonce pour les prochaines échéances électorales.

 

La désunion entre le PS et les gauches alternatives

Autre enseignement du scrutin: Le Front de gauche fait 6%, les Verts 2% même si ce chiffre est contesté par les dirigeants écologistes. Des résultats qui traduisent «un bide absolu pour la gauche alternative» selon Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po Paris.

«Les forces politiques s'allient dès le premier tour, parfois avec des écologistes, dans une logique de scrutin à deux tours. Mais la désunion lui a coûté cher. Le gauche faisait presque 50% en 2011, contre 35 cette fois. C'est une déculottée pour toute la gauche», ajoute ce spécialiste de sociologie électorale.

A l'issue du second tour, la gauche peut espérer conserver une vingtaine de départements, alors qu'elle en détenait 61 sur 101.

Un second tour largement disputé

Un second tour va se tenir dans environ 1.900 cantons, sur un total de 2.054: Il y aura ainsi 1.536 duels, 314 triangulaires et même une quadrangulaire, en Haute-Vienne. Une dizaine de départements sont très incertains: La Corrèze, département d'élection de François Hollande, l'Essonne, département de Manuel Valls, les Deux-Sèvres, ex-fief de Ségolène Royal, la Seine-Maritime de Laurent Fabius, le Val-de-Marne et l'Allier, seuls départements encore détenus par le PCF, la Saône-et-Loire, la Charente, le Finistère, le Tarn et la Loire-Atlantique.

A l’UMP, «les conditions d'un basculement massif en faveur de la droite et du centre sont réunies», s'est félicité le président de l’UMP Nicolas Sarkozy, tout en renouvelant sa consigne de «ni-ni» pour le deuxième tour, à savoir ni FN, ni PS dans les cantons où la droite est éliminée. Une consigne repoussée par Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, et François Bayrou, président du Modem. Le PS a quant à lui appelé au «front républicain» pour faire barrage contre l’extrême droite. Les électeurs concernés suivront-ils le «ni-ni» ou «le front républicain»? Ce sera l’une des surprises du scrutin du dimanche 29 mars.