Départementales 2015: La Corrèze, ancien fief de Hollande, pourrait basculer à droite

POLITIQUE La désunion de la gauche et le redécoupage territorial pourraient entraîner l'alternance...

Thibaut Le Gal

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François Hollande en visite à Tulle, son ancienne commune, le 17 janvier 2015.
François Hollande en visite à Tulle, son ancienne commune, le 17 janvier 2015. — CHAMUSSY/SIPA

Un basculement symbolique. La droite pourrait ravir la Corrèze lors des élections départementales du 22 et 29 mars. Le département est l’ancien fief de François Hollande. Il y a été élu député, maire de Tulle, et président du conseil général en 2008. C’est aussi sur ces terres qu’il avait entamé sa conquête de l'Elysée. «François Hollande a un œil sur chaque département français et deux sur la Corrèze», souffle son conseiller Bernard Combes, l'actuel maire de Tulle.

«L’effet Hollande s’est estompé»

«En Corrèze, on est plus Hollandais qu’ailleurs. Mais le scrutin s’annonce difficile…», reconnaît un proche du chef de l’Etat. Le «département du président» lui même serait-il désenchanté? La droite veut y croire. «On a fait énormément de porte à porte. La probabilité d’un basculement se dessine. L’effet Hollande s’est estompé», assure Pascal Coste (UMP). Le chef de file de la droite reste prudent mais voit des éléments favorables à l’alternance. «Il y a du renouveau à droite. Des jeunes ont gagné des mairies et ont montré qu’ils sont capables de gérer un département». La gauche a perdu trois des quatre grosses communes aux dernières municipales (Brive-la-Gaillarde, Ussel et Malemort-sur-Corrèze) et par conséquent, deux sièges au Sénat.

Autre élément décisif, le rassemblent de la droite sous la bannière «Corrèze demain». «C'est la première fois que l'UMP, l'UDI et les divers droite sont unis ici», se félicite le conseiller général sortant. D'autant qu'en face, la majorité (16 socialistes ou apparentés et quatre élus Terre de gauche sur 37 conseillers généraux) n’a pas réussi à faire perdurer la traditionnelle union de la gauche. Le rassemblement «Pour une alternative à gauche» (PCF, EELV, Parti de gauche) présentera des candidats dans chaque canton.

«Il devient urgent de dire stop, d'entrer en résistance. En premier lieu contre la réforme territoriale, contre la poursuite de la casse des services publics, contre l'abandon de nos territoires ruraux. Nous avons besoin, au contraire, d'investissements, de services publics nouveaux», lance Pascal Bagnarol, secrétaire départemental du PCF. «Les électeurs de gauche vont s'éparpiller au premier tour, mais il y aura une redistribution des cartes au second. Ils sauront faire la part des choses», espère Bernard Combes.

Les inconnus: Redécoupage territorial et FN

Restent les inconnus. L’abstention, et le redécoupage territorial (Le département passe de 37 à 19 cantons). «Dans les campagnes, les électeurs portent un regard critique sur le redécoupage des cantons. Et puis la compétence du département n'est pas totalement comprise par rapport à la réforme territoriale», explique Bernard Combes. Autre nouveauté: les binômes du Front national présents dans neuf des 19 cantons. «C’est une première, on ne sait pas ce que ça va donner. Ça risque d’être compliqué de gagner au premier tour là où il y a le FN. Il faudra donc remporter les cantons où nous sommes les seuls à droite», indique Pascal Coste, qui nuance. «On est dans une élection de proximité et les candidats frontistes n’ont aucun ancrage local».

La majorité sortante tient à un fil. Mais l'UMP refuse (pour l'instant) de faire de cette possible prise un éventuel trophée. «Un basculement nous ferait très plaisir… comme pour l’ensemble des départements», relativise Sebastien Huygue, porte-parole du parti. «Si la Corrèze symbolise quelque chose, c'est la gestion catastrophique de François Hollande qui en a fait le département le plus endetté de France». Un indice de l'enjeu du scrutin, la présence de Manuel Valls jeudi à Tulle. Trois jours avant que le chef de l'Etat ne s'y déplace également... pour glisser un bulletin dans l'urne.