Ayrault dévoile les conditions de son départ dans un documentaire à coeur ouvert

MEDIAS Dans le documentaire Mon père ce Ayrault, qui sera diffusé en avril sur France 3, l’ancien Premier ministre, filmé par sa fille Elise, revient sur ses blessures politiques...

Delphine Bancaud

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Jean-Marc Ayrault et sa fille Elise dans le documentaire «Mon père, ce Ayralut»
Jean-Marc Ayrault et sa fille Elise dans le documentaire «Mon père, ce Ayralut» — france 3

Lui qui s’est montré discret pendant ses deux ans à Matignon, se dévoile enfin. Dans le documentaire Mon père ce Ayrault, qui sera diffusé en avril sur France 3, l’ancien Premier ministre, filmé par sa fille Elise, livre une part de son intimité.

«Je ne dévoile pas de secrets de famille», se défend-il d’abord. Vite dit tant ce film dévoile les coulisses de son départ de Matignon en mars 2014. Le lendemain de la défaite de la gauche aux élections municipales, celui qui est encore Premier ministre est convoqué par François Hollande, qui tourne autour du pot pour lui faire comprendre que l’heure du départ a sonné pour lui: «Le coup est rude, plus que je ne l’avais imaginé, il faut tout changer», déclare le président. La sentence est brutale pour Jean-Marc Ayrault: «C’était un choc, car je ne considérais pas avoir failli à ma mission. Mais j’avais accepté dès le départ la règle du jeu de la V eme République», confie-t-il. Pour faire la lumière sur ces événements, Elise Ayrault a demandé sa version à François Hollande, qui choisit le registre émotionnel pour en parler: «C'était dur de nous séparer, nous étions comme un couple politique. C’était une décision déchirante pour moi et bien sûr pour Jean-Marc Ayrault». «Il me manque», poursuit-il plus loin.

Le temps des couleuvres

S’en suit le temps des vexations, lorsque François Hollande évoque un «gouvernement de combat», pour qualifier le nouvel exécutif mené par Manuel Valls. «La formule ne m’a pas beaucoup plus. Car cela voulait dire qu’on faisait quoi avant? Que ce n’était pas un gouvernement de combat?», s’interroge Jean-Marc Ayrault. «C’était sûrement injuste pour lui», reconnaît François Hollande face caméra.

L’ancien Premier ministre revient aussi sur la passation de pouvoirs avec Manuel Valls, dénonçant une forme de «dramaturgie» de l’événement. «J’ai eu l’impression qu’on avait changé de majorité alors qu’on était dans le même cadre politique». Pas question pour autant de reconnaître qu’il n’a pas toujours eu de bons rapports avec l’ex locataire de Beauvau: «entre nous deux, il n’y a jamais eu de heurts» affirme-t-il. Mais il ne botte pas en touche lorsque sa fille l’interroge sur un accord passé entre Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Manuel Valls pour que ce dernier accède au pouvoir. «Oui ça, c’est vrai», affirme-il, en se demandant si François Hollande «a accepté de nommer Manuel Valls en sachant ça». «C’est un peu un mystère», souffle-t-il.

Florange, ce bourbier

Jean-Marc Ayrault revient aussi sur l’un des moments les plus tendus de son mandat: l’affaire Florange. Il confie s’être fait piéger: «Au début le dossier a échappé à Matignon, il était géré par le cabinet du président de la République, par Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg en dehors de Matignon. Quand ça a été compliqué, c’est revenu à Matignon et c’est moi qui ai pris le dossier» . Mais selon lui, Arnaud Montebourg avait «fait croire que la nationalisation était une option sérieuse, alors que ce n’était pas le cas». Mais le ministre du redressement productif n’est pas écarté du gouvernement pour autant et François Hollande demande à Jean-Marc Ayrault de le convaincre d'y rester. Ce dernier s’exécute. «Je regrette d’avoir accepté ce que le Président m’a demandé. J’aurais dû laisser Arnaud Montebourg prendre ses responsabilités, on aurait bien vu», regrette-t-il.

Mais à en croire Jean-Marc Ayrault, toutes ces déceptions sont derrière lui. «Maintenant, avec les mois qui passent, les gens me regardent plus normalement», confie-t-il. Une nouvelle forme de liberté pour lui, après avoir été tant critiqué.