Le plus dur pour Sarko: rassembler

Par Fréric Filloux, directeur de la rédaction de 20 Minutes

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Pour reprendre une formule que Nicolas Sarkozy affectionne, un résultat pareil «crée des droits, mais aussi des devoirs». Le premier est de ne pas ignorer les presque 17 millions d’électeurs qui n’ont pas voté́ pour lui. La notion de rassemblement sonne comme une évidence pour un nouveau président, mais elle s’applique sans doute davantage à Nicolas Sarkozy qu’à n’importe lequel de ses prédécesseurs. Même s’il est plus que «bien élu» selon les standards de la politique française, le nouveau président de la République hérite d’une bipolarisation féroce du pays dont il a l’obligation de désamorcer les effets.

Car même si les attaques contre lui ont été souvent outrancières (et ont aussi joué en sa faveur), le «Tout sauf Sarkozy» n’est pas seulement dans la tête des élites de gauche, et il est de son devoir d’en tenir compte. Pour cela, il doit abandonner sa posture vindicative. Cette attitude pouvait se comprendre dans un combat politique ayant pour objectif de prendre un parti, d’éliminer ses rivaux, au besoin en les «niquant» autant que nécessaire — selon, là encore, une expression sarkozienne qui a fait florès à l’UMP. Hier, Nicolas Sarkozy n’a «niqué» personne. Il a été choisi par le peuple. Nuance.

Cette nécessité impérieuse de rassembler un pays notoirement divisé va se heurter à une culture du résultat qui confine à l’obsession chez le nouveau président. Jamais, dans l’histoire d’une campagne présidentielle, un candidat ne s’est engagé avec autant de précision sur des résultats (une pression qu’il va transférer sur ses ministres, les veinards). Nul doute que c’est cette série d’engagements, cette propension à incarner l’action, qui a fait l’élection de Nicolas Sarkozy. Fort de sa majorité, il va être tenté d’imprimer à son agenda le rythme trépidant de la campagne. Le risque est patent, car on ne conduit pas un pays rétif au changement comme l’on conduit une campagne. Dans cette capacité à ajuster son tempo à celui du pays réside sans doute la plus grande inconnue de la présidence Sarkozy.

De bien des façons, le nouveau président aura «besoin» d’une opposition solide et crédible. A cet égard, sa promesse d’associer la gauche aux nominations clés de la haute administration ou de lui donner la présidence de commissions importantes au Parlement sera déterminante. Malgré tout, les perspectives ne sont pas réjouissantes à gauche. Au Parti socialiste, les couteaux sont sortis dès dimanche soir. Avec 47% des voix, il n’est pas certain que Ségolène Royal puisse se positionner comme chef de la gauche. Si sa personnalité est apparue rassurante, son incapacité à bien expliquer un programme par ailleurs confus est la cause de sa défaite. En cherchant à ratisser simultanément les voix du centre et de l’extrême gauche, Ségolène Royal s’est rendue la tâche bien difficile pour l’avenir. Une rénovation douloureuse s’annonce.