La presse internationale salue la victoire de Nicolas Sarkozy et s'interroge

Johana Sabroux et Alice Antheaume

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La caricature de Nicolas Sarkozy par El Mundo
La caricature de Nicolas Sarkozy par El Mundo — Luis Parejo/El Mundo

Tour d'horizon de quelques quotidiens étrangers au lendemain de l'élection présidentielle.

Aux Etats-Unis, le Président Georges W. Bush a été l’un des premiers à féliciter Nicolas Sarkozy pour sa victoire. Tous les journaux lui emboîtent le pas. Le «Washington Post» et le «New York Times» présentent tous deux le nouveau président comme le «combatif fils d’un immigrant hongrois», soulignant que celui-ci a promis de renforcer les liens avec les Etats-Unis et de rompre avec le passé. Pourtant, «il ne faut pas s'attendre à voir M. Sarkozy démanteler immédiatement la politique étrangère de M. Chirac, qui plaçait l'Europe comme un contre-poids aux Etats-Unis», écrit l’éditorialiste du «Washington Post».
Pour le «Los Angeles Times» cette élection a constitué un «moment historique pour un pays inquiet de sa stagnation économique, de son malaise politique et des ses tensions ethniques».

En Grande-Bretagne, le «Guardian» rappelle que Nicolas Sarkozy a reçu «un mandat pour changer la France, après la campagne électorale qui a le plus divisé le pays». Le quotidien de centre gauche s’intéresse aussi au sort du Parti socialiste, dont c’est la troisième défaite consécutive: «à peine les résultats prononcés, il avait déjà commencé à se déchirer, malgré la perspective des législatives toutes proches.» Pour le «Telegraph», la France se prépare désormais à «une révolution droitière».

En Espagne, le quotidien «El Mundo» dresse le portrait du nouveau Président français sous le titre «l’infatigable ensorceleur de serpents». «El Pais» raconte la fête organisée par l’UMP le soir de l’élection présidentielle en l’honneur de son candidat et n’oublie pas de parler de La Marseillaise, chantée sur fond de Tour Eiffel illuminée. «Ce n’était pas une gigantesque fête – il y avait environ 30.000 personnes, selon les organisateurs – et elle n’a pas débordée de l’immense esplanade installée au cœur de Paris.»
Quant à «20 Minutos», il mentionne les félicitations adressées par Zapatero à Nicolas Sarkozy, qualifié de «représentant d'une droite moderne.»

En Allemagne
, pour le «Sueddeutsche Zeitung», la nette victoire de Sarkozy n’empêche pas la France d’être «séparée en deux camps». Le quotidien bavarois avait par ailleurs assuré un direct sur son site Internet depuis la place de la Bastille durant toute la soirée. Le «Frankfurter Allgemeine Zeitung» rappelle pour sa part que les partisans du nouveau Président se sont rassemblés place de la Concorde, là où Chirac avait fêté sa victoire de 1995. Pour le quotidien, si certain rêvaient «d’un triumvirat» féminin, avec Angela Merkel, Ségolène Royal, et «bientôt, qui sait?» Hillary Clinton à la Maison blanche, la majorité des électeurs s’est décidée pour un homme, dont la politique étrangère annonce «des temps difficiles pour les partenaires de la France»: «un président qui placera les intérêts de la France au-dessus de tout.»

En Italie, la «Repubblica» titre sur les affrontements dans les villes françaises et les voitures en flammes en banlieue, malgré l’appel de François Hollande lancé après les résultats «au calme et à la cohérence».

En Suisse, «Le Temps» s'intéresse à «la Sarkofrance», puisque Nicolas Sarkozy a désormais «les coudées franches pour accomplir le serment fait durant sa campagne: changer la France en lui injectant une dose de réformes libérales, appuyées sur des valeurs conservatrices d'ordre, de sécurité et de fierté nationale.» «La Tribune de Genève» s'interroge sur «le défi risqué du président Sarkozy»: «sans doute cet homme pressé lancera-t-il sans tarder les réformes promises. Mais la rue le souffrira-t-elle?»

En Afrique de l'Ouest, les journaux sont plutôt réticents à l'élection de Nicolas Sarkozy. «Le Bénin aujourd’hui», cité par «Courrier International», ne fait pas de mystère de la préférence des Africains pour Ségolène Royal. Et espère «qu'enfin, le paternalisme cède la place à un partenariat réciproquement fécond et bénéfique. Vivement que Sarkozy le comprenne, et il aura ainsi fait un pas vers cette nouvelle Afrique-là». A Dakar, «Le Nouvel Horizon», cité aussi par «Courrier International», compare Nicolas Sarkozy à un «Iznogoud de Neuilly» voire un «petit Napoléon lepenisé».

Inquiétude également en Turquie. «Hélas! C'est Sarko!» lançait à la Une le quotidien populaire «Aksam», tandis que «Milliyet» titrait: «Sarkozy, nouvel obstacle sur le chemin vers l'Union européenne». L'élection de Nicolas Sarkozy «aggrave le risque d'une dégradation des relations turco-françaises déjà froides», souligne «Milliyet». «Mais il n'est pas impossible que Sarkozy, qui est plus un pragmatique qu'un idéologue, change de position une fois élu». Le quotidien populaire «Vatan» estime que son élection marque «un tournant» dans les relations agitées de la Turquie avec l'UE:  «S'il fait ce qu'il dit, les relations entre la Turquie et l'UE vont se tendre, et cette tension pourrait rejaillir sur les relations entre la Turquie et la France.»