Quelle refondation pour la gauche?

P. K.

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A deux mois de l'élection présidentielle, la candidate socialiste a annoncé la nomination d'une "équipe du pacte présidentiel", dont font partie ses deux anciens rivaux dans la primaire socialiste, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, mais également l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui se cantonnait jusque-là dans un soutien réservé à la candidate.
A deux mois de l'élection présidentielle, la candidate socialiste a annoncé la nomination d'une "équipe du pacte présidentiel", dont font partie ses deux anciens rivaux dans la primaire socialiste, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, mais également l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui se cantonnait jusque-là dans un soutien réservé à la candidate. — Rémy Gabalda AFP/Pool/Archives

C’est la troisième défaite de la gauche d’affilée. Selon les estimations, Ségolène Royal a recueilli entre 46,7 et 47% des voix. C'est un peu moins que Lionel Jospin en 1995, mais dans un contexte autrement plus favorable pour la gauche cette fois, avec une droite au pouvoir depuis cinq ans.

Alternative

Deux voies s’offrent au PS: soit un recentrage «blairiste», appelé par DSK, soit une «gauchisation» du parti. Jean-Luc Mélenchon, de l’aile gauche du PS, a attaqué sur Europe1 la campagne de Ségolène Royal, estimant que «quand il n’y a pas de parti, on ne peut pas gagner». Et de réclamer une «unité de commandement» pour les législatives à venir. «On doit s’adresser à ceux qui font vivre la gauche, du PCF à la LCR en passant par les Verts, a expliqué Benoît Hamon. Il nous faut mettre de la clarté dans tout ça, dans nos débats et relancer les bases d’un grand projet de gauche.» Une ligne qui conduirait à écarter toute alliance avec le centre: «Franchement, si nos candidats doivent se traîner un débat sur les alliances avec l’UDF durant toute la campagne, on ne s’en sortira pas. Je n’imagine pas DSK vouloir faire émerger un centre fort, car il sait comme moi que le parti de Bayrou n’a comme seul objectif d’être présent au second tour en 2012 face à Sarkozy. A notre place. On va quand même pas lui donner un coup de pouce pour ça…»

Pique à la direction

Laurent Fabius, a pour sa part réclamé une gauche «qui n'hésite pas sur sa stratégie» lors des prochaines législatives. Il a demandé à ce que la campagne soit menée «collégialement», une pique à la direction du PS et à la candidate, accusée à de multiples reprises de faire sa campagne seule, sans se soucier de l'avis des dirigeants du PS. Les jospinistes, Daniel Vaillant en tête, ont également réclamé «un nouveau dispositif pour conduire cette campagne».

Ségolène Royal n’a pourtant pas donné l’impression de vouloir passer la main: «Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas (...) J'assumerai la responsabilité qui m'incombe désormais, je continue avec vous». Ce travail de rénovation «doit être poursuivi, approfondi, amplifié», ajoute Jean-Marc Ayrault, un proche de la candidate. «Ségolène Royal devra jouer un rôle primordial.»

«Je continue avec vous»

Le tenant d’une ligne sociale-démocrate, Dominique Strauss-Kahn, a tiré violemment sur la direction du PS: «Nos concitoyens ne veulent plus des solutions du passé. Ils voient bien que la gauche doit apporter autre chose que ce qu’elle a toujours dit. J’ai tenté une révolution social-démocrate pendant la primaire socialiste. Elle n’a pas abouti. Ce renouveau est aujourd’hui nécessaire.»

«Rénovation-révolution idéologique»

Même son de cloche chez François Rebsamen, numéro 2 du PS et co-directeur de la campagne de Ségolène Royal. Pour le maire de Dijon, il faut faire du PS «un grand parti social-démocrate moderne dès le lendemain des élections législatives, en faire une formation ouverte sur les réalités du monde». Cette «rénovation-révolution idéologique aurait dû être commencé plus tôt», reconnaît François Rebsamen.

S’il refuse d’extrapoler les propos de la candidate, l’UDF Didier Bariani juge cependant que la candidate, qui a lancé de nombreuses idées «à rebrousse-poil de la pensée traditionnelle socialiste», peut mener la «chirurgie dont a besoin le PS». Reste à convaincre tout le monde dans le parti.