«Quelle sera l’orientation politique choisie au PS?»

Propos recueillis par Pierre Koetschet

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Etienne Schweisguth, chercheur au Cevipof, décrypte la future recomposition du paysage politique.

Quel est l’enseignement principal du scrutin?

C’est une victoire très nette. Nicolas Sarkozy a vaincu la malédiction: c’est la première fois en France depuis 1981 que la majorité sortante n’est pas battue.

Pourtant, Nicolas Sarkozy s’est toujours présenté comme le candidat de la rupture…
Il a réussi à se présenter comme différent de cette majorité, mais dans le même temps, il avait l’ensemble de cette majorité derrière lui, tous les ministres, tous les députés…

Quelle forme pourrait prendre la recomposition du paysage politique?
La première question, c’est celle de l’avenir de l’UDF, et plus précisément, celui de François Bayrou. Va-t-il aller au bout de sa démarche d’indépendance ou va-t-il retrouver des liens avec l’UMP?

A-t-il d’ailleurs les moyens de ses ambitions d’indépendance?
Cela reste à démontrer, car il semble que ses troupes ne soient pas prêtes à se lancer derrière lui. Il reste quand même une grande incertitude: est-ce que les députés UDF vont se présenter aux élections législatives sous la nouvelle bannière du «mouvement démocrate» de François Bayrou? Les députés qui ont appelé à voter Sarkozy, soit la majorité de l’actuel groupe UDF, ne devraient pas avoir de candidat UMP contre eux. Cela peut favoriser un rapprochement.

François Bayrou peut-il avoir une trajectoire à la Le Pen, c’est-à-dire un candidat charismatique sans groupe parlementaire?
Jean-Marie Le Pen a montré que c’était possible, mais je ne crois pas que François Bayrou pourra le faire. Il n’a pas la puissance tribunicienne qui lui permette d’être visible, même sans troupes. Il n’a pas non plus de thème porteur comme a pu l’être l’immigration pour Le Pen.

L’autre incertitude, c’est la gauche. Peut-elle échapper à une refondation?
Que va-t-il se passer au PS? Quelle va être la place de Ségolène Royal au PS? François Hollande va-t-il rester à la tête du PS? Il avait dit qu’il laisserait la place en 2007. Dans ce cas, qui pour le remplacer? On peut évidemment penser à Dominique Strauss-Kahn. Au-delà de la question des hommes, on peut se demander quelle sera l’orientation politique choisie? Va-t-il y avoir une évolution dans un sens plus blairiste?

Certains ont déjà appelé à un coup de barre à gauche…
C’est l’autre possibilité. C’est le choix qu’avaient fait les travaillistes après la défaite contre Margaret Thatcher en 1978. Ils sont restés 18 ans dans l’opposition. Si les socialistes choisissent la voie indiquée par Fabius et Emmanuelli, les prochaines élections devraient être un échec.

Autour de quelles valeurs peut se reformer la gauche?
L’idéologique de gauche vit une période de transition. Ce sont toujours des périodes difficiles. Elle était d’abord fondée sur l’anticapitalisme. Pendant les vingt dernières années elle s’est définie par son étatisme. Pour l’instant, personne n’a encore pu formuler les nouvelles valeurs de l’idéologie de gauche.