Les machines à voter n'inspirent pas confiance

Pierre Koetschet

— 

Les nouvelles machines à voter électroniques utilisées pour les scrutins de novembre aux Etats-Unis soulèvent des inquiétudes après plusieurs ratés, ravivant le cauchemar de l'élection présidentielle en Floride en 2000.
Les nouvelles machines à voter électroniques utilisées pour les scrutins de novembre aux Etats-Unis soulèvent des inquiétudes après plusieurs ratés, ravivant le cauchemar de l'élection présidentielle en Floride en 2000. — Robert Sullivan AFP/Archives

Le premier tour de l’élection présidentielle n’a pas été la grande victoire du vote électronique. Files d’attente interminables, résultats tendancieux, les 1,5 million d’électeurs qui ont utilisé les machines à voter ont un peu payé les pots cassés d’une technologie nouvelle.

Cinq communes ont d’ailleurs décidé de ne pas renouveler l’expérience. L’association Ordinateurs-de-vote.org a même fait parvenir une longue lettre au Conseil constitutionnel pour protester contre le «contrôle technique» effectué sur le vote électronique. «On est dans une situation extrêmement étrange, souligne Chantal Enguehard. Le Conseil constitutionnel dit quelque chose, et des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur disent : Non, mais ce n’est pas grave.» Pierre Muller, président d’Ordinateurs-de-vote.org précise: «À l'opacité du vote dématérialisé, il faut ajouter le zèle de certains fonctionnaires à jouer la rétention d'information au mépris des règles de base de la démocratie.»

«Un sentiment de suspicion»

Les machines à voter n’ont vraiment pas remporté l’adhésion des suffrages. «Sur le plan de la confiance et du rapport au politique, l’introduction de ces machines pose problème, car le dépouillement n’est plus le fait d’un cérémonial public et contradictoire, mais devient issue de la magie des circuits électroniques, explique Olivier Ihl, directeur de l'IEP Grenoble et spécialiste du vote en France. L’absence de contrôle laisse planer un sentiment de suspicion, car on n’assiste plus au dépouillement et qu’il n’y a pas de vérification possible en cas d’erreur. Dans le système traditionnel, artisanal et fastidieux, si une erreur est constatée, on peut recommencer. Là, si la machine se dérègle, on ne peut rien faire».

L’argument des fabricants est simple: le vote électronique est plus rapide (dépouillement immédiat), moins gourmands en moyens humains (pas besoin de scrutateurs), et infalsifiable. Cerise sur le gâteau, il permet d’économiser le papier. Que demande le peuple?

Un peu plus de garanties, répondent les informaticiens Pierre Müller et Chantal Enguehard, qui ont lancé une pétition en ligne. A ce jour, plus de 83.555 citoyens l’ont signée.

Code secret

Principale critique, le code source des machines. Il est secret, contrôlé par un bureau indépendant. Les pétitionnaires aimeraient un logiciel ouvert, contrôlable par tous.

Si les trois constructeurs affirment que leurs procédés sont infalsifiables, les détracteurs rappellent des incidents fameux, comme les 18.000 voix oubliées en Floride en 2006. Ou le vote de Schaerbeek en Belgique, en mai 2003: il y avait eu 4.000 suffrages exprimés de plus que d’inscrits. Sans compter bien sûr le fameux épisode floridien de 2000. Les anti-machines ont bien déposé des recours, comme à Issy-les-Moulineaux, mais ils ont tous été annulés. Eric Legale, directeur des nouvelles technologies de cette commune, balaie les critiques. «Il n'y a pas de risque. A ma connaissance, pas une seule élection dans le monde n'a été annulée à cause des machines à voter.»