«Il est quasi impossible d'inverser la tendance»

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Pour les instituts de sondages, le rapport de force entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy est favorable à ce dernier depuis le début de la campagne. Jean-François Doridot, directeur d’Ipsos Public affairs, analyse l’impact de la campagne de l’entre-deux tours sur les intentions de vote.

Nicolas Sarkozy n’a cessé d’être donné favori pour l’élection présidentielle. Peut-il y avoir un rebondissement de dernière minute ?
Le rapport de force entre les deux candidats a effectivement été favorable à Nicolas Sarkozy durant toute la campagne. Aujourd’hui encore, la différence entre sa rivale socialiste et lui (54% d’intention de vote pour Nicolas Sarkozy, 46% pour Ségolène Royal, selon nos sondages) est très forte. Il est quasi impossible d’inverser cette tendance, à moins d’une très forte démobilisation des partisans du candidat UMP. Je ne parle pas de ses électeurs du premier tour, mais de ceux qui, traditionnellement, reportent leur voix à droite. Par exemple, il faudrait qu’un électeur Front national sur deux ne se rende pas aux urnes et que parmi les abstentionnistes du premier tour, peu nombreux, plusieurs aillent voter en faveur de la candidate socialiste. Or, d’après nos indications, la participation pour ce second tour sera équivalente ou légèrement inférieure.

La campagne de l’entre-deux tours a-t-elle eu un impact sur les électeurs ?
Nous avons observé deux temps : la première semaine, encore sous le coup des résultats du premier tour, les électeurs ont recentré leur vote sur les deux candidats restants. Samedi 28 avril, nous étions encore à des estimations 52,5% en faveur de Nicolas Sarkozy et 47,5% pour Ségolène Royal. Depuis lundi, nous observons un «retour à la normale», c’est-à-dire une répartition des électeurs selon leur famille politique. Alors que les électeurs de François Bayrou étaient 40% à se reporter sur Ségolène Royal le lendemain des résultats du premier tour, ils sont actuellement redescendus à 30%, ce qui est le taux traditionnel. Même le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, duquel le candidat UMP est sorti vainqueur sur toutes les thématiques exceptées celles de l’environnement et des handicapés, n’a pas vraiment eu d’impact mais a conforté les électeurs dans leur choix.

Le débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, le samedi suivant le premier tour, a donc été sans conséquence ?
Oui, nous retrouvons la répartition déjà mesurée deux mois avant le scrutin : les électeurs de François Bayrou se reportent pour un tiers vers Ségolène Royal, un tiers vers Nicolas Sarkozy et un tiers reste indécis ou abstentionniste.

Et qu’en est-il de la consigne de vote de Jean-Marie Le Pen, qui a appelé mardi ses électeurs à ne choisir «ni l’un, ni l’autre» ?
Cela a un peu joué, mais pas de manière considérable. Nous avons constaté une plus forte indécision de l’électorat du Front national. Le report des voix devrait néanmoins être très nettement favorable à Nicolas Sarkozy, estimé à 60% contre 10 à 15% en faveur de Ségolène Royal. Le report en faveur du candidat UMP sera, de toutes les façons, supérieur à celui de Jacques Chirac en 1995.