Elections départementales: Quelles sont les conséquences politiques attendues?

DECRYPTAGE Une nouvelle défaite attend le PS à quelques mois d'un congrès à haut risque tandis que l'UMP obtiendra sa dernière victoire sous cette appellation... 

Maud Pierron

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Un vote aux élections cantonales de 2011, qui deviennent en 2015 les élections départementales.
Un vote aux élections cantonales de 2011, qui deviennent en 2015 les élections départementales. — SIPA

Une lourde défaite pour le PS, une UMP qui remporte une majorité des départements mais un FN qui frappe l’opinion par son inévitable progression. Voilà à quoi l’on peut s’attendre au lendemain du second tour des élections départementales, le 29 mars. 20 Minutes a tenté de dresser les conséquences politiques possibles de ce scénario déjà écrit.

Au PS

Si aux municipales, la majorité partait plutôt confiante et a pris le bouillon, cette fois, «c’est la chronique d’une défaite annoncée, à tel point que, comme une prophétie autoréalisatrice, elle va amplifier la catastrophe», estime Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université de Lille-2. La majorité «tient» 61 départements et les scénarios les plus pessimistes font état d’un peu moins de trente conseils généraux, futurs conseils départementaux, conservés. A court terme, cette défaite pourrait entraîner un remaniement, de plus ou moins grande ampleur selon la défaite. Et qui pourrait être pensé «pour désamorcer le congrès», en nommant des frondeurs. Car à moyen terme, le PS va entrer dans une zone de turbulences avec, en ligne de mire, le congrès du PS, en juin. Certains pourraient avoir envie de «se payer» la ligne Valls-Hollande rendue coupable de la défaite aux départementales, par exemple. «L’ampleur de la défaite pourrait modifier le comportement des acteurs», confirme Rémi Lefebvre. «Ce sera soit un grand compromis bancal, soit un grand duel. C’est entre les mains des frondeurs et de l’aile gauche», confirme le politologue Thomas Guénolé. 

Enfin, à long terme, une nouvelle défaite à des élections locales serait une «nouvelle saignée» pour le PS qui est avant tout un parti d’élus locaux. «Le PS se retrouve peu à peu vidé de sa substance, avec ce que ça implique de pertes de militants, de moyens matériels, de ressources humaines. Cela aura des conséquences durables», explique Paul Bacot, professeur de sciences politiques à l’IEP de Lyon.

A l’UMP

Sans trop se forcer, l’UMP va engranger une nouvelle victoire électorale. Dans le pire des cas, l’état-major de l’UMP espère reprendre une vingtaine de départements à la gauche. Le parti d’opposition pourra probablement se gargariser le 29 mars au soir d’une «nouvelle vague bleue» qui va «renforcer la position de Nicolas Sarkozy dans la course interne à l’UMP», juge Rémi Lefebvre puisqu’«en tant que président de l’UMP, il est comptable des résultats». Un atout indéniable pour l'ex-président qui paraît en difficulté dans son propre parti aujourd'hui. Une telle victoire devrait permettre de lancer sous les meilleurs auspices le nouveau parti souhaité par Nicolas Sarkozy, dont le congrès fondateur se tient le 30 mai. Sauf si le FN vient gâcher la fête de l’UMP, notamment au troisième tour… «Le message triomphant de l’UMP va être phagocyté par l’intérêt que les médias porteront aux résultats du FN. Et à Sarkozy, on rétorquera que ce succès n’est qu’un simple effet de balancier et que malgré son retour, le FN est toujours haut», anticipe Thomas Guénolé. Mais par contraste avec la gauche, la droite part unie aux départementales: dans la majeure partie des cas, il y aura un candidat commun UMP-UDI.

Au FN

Si l’UMP sera le grand gagnant des départementales, le FN fera tout pour être le grand vainqueur médiatique du second tour. Partant d’assez bas, avec à peine 1 conseiller général, le FN va forcément progresser si l'on en croit la dynamique actuelle, même en tenant compte de l’étiage bas des sondages. Au soir du premier tour, «il y aura des centaines de 21 avril partout en France», affirme Paul Bacot. «Ils répèteront partout qu’ils sont le premier parti de France et vu que la progression sera spectaculaire, tout le monde ne retiendra que ça», ajoute Thomas Guénolé. Surtout s’il arrive à arracher un département, ce qui paraît pour le moment très difficile. De fait, le parti se concentrera surtout sur le troisième tour, l’élection du président du futur conseil départemental, dont il ferait tout pour être l’arbitre.

Europe Ecologie-Les Verts

Les alliances se sont nouées au niveau local et cette fois, EELV a privilégié les alliances avec le Front de gauche. Une base de réflexion pour 2017, alors que Jean-Luc Mélenchon rêve d’une majorité alternative de gauche? Pas si sûr. «Les écologistes se fichent des départementales, ils ont peu d’élus et ils sont régionalistes, tranche Rémi Lefebvre. Ces alliances, c’est une manière de mettre la pression sur les socialistes pour les régionales de l’an prochain.» Un moyen de rappeler son pouvoir de nuisance au grand frère socialiste.

Le Front de gauche

Paul Bacot ne comprend pas la stratégie du Front de gauche, particulièrement des communistes, «qui n’existent plus que par l’union de la gauche depuis trente ans». L’alliance avec les écologistes n’est pas en mesure de remplacer celle avec les socialistes, explique-t-il.  Et même si le Front de gauche va être tenté de forcer la main aux écologistes pour créer cette fameuse majorité alternative à gauche, les écologistes n’iront pas, croit savoir Rémi Lefebvre. Et le fossé avec le PS devrait s’aggraver. «Avec Valls et Mélenchon, il y a deux sectarismes de gauche, avance Thomas Guénolé. Et après cette défaite, chacun tirera la conclusion qu’il faudra accélérer dans son sens pour s’en sortir, et ils fonceront dans le mur.»