Départementales 2015: Est-ce que parité va rimer avec responsabilité?

POLITIQUE Lors des élections départementales des 22 et 29 mars, le nouveau scrutin par binôme homme-femme va imposer la parité dans les hémicycles...

Gilles Durand

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Ce sont encore  majoritairement  des hommes qui siègent à l'Assemblée nationale. Paris, FRANCE - 13/01/2014
Ce sont encore majoritairement des hommes qui siègent à l'Assemblée nationale. Paris, FRANCE - 13/01/2014 — SIPA

Un prénom qu'on écorne, une voix agaçante, un vêtement qui fait l'objet d'une remarque... Dans un livre, Manuel de survie à destination des femmes en politique, qui vient de paraître, la porte-parole d'EELV, Sandrine Rousseau balance. L'élue écologiste décortique les anecdotes qui montrent que, inconsciemment ou non, la place des femmes en politique est loin d'être une évidence. Pourtant, le 29 mars, les conseils départementaux doivent, à leur tour, basculer dans la parité.

Gros bastion du pouvoir masculin

La réforme de loi pour ce scrutin, votée en avril 2013 à l'Assemblée nationale, prévoit en effet l'élection d'un binôme homme/femme par canton. «C'était le seul moyen pour imposer la parité dans une assemblée dont les compétences touchent pourtant énormément les femmes: la politique sociale et familiale ou encore l'aide aux personnes âgées, domaine où exercent 87% de femmes», explique Sandrine Rousseau.

Or les départements restaient les plus gros bastions du pouvoir masculin, avec seulement 13,9% de femmes dans les hémicycles: aucune dans le Tarn-et-Garonne, la Haute-Corse et les Deux-Sèvres.

«C'est un scrutin très ancien où règne le conservatisme », remarque Claude Roiron, secrétaire nationale PS chargée des Droits des femmes, laquelle assure que son parti n'a connu aucune difficulté pour trouver des candidates parmi ses 45% de militantes. «Ça a été un plus compliqué dans les secteurs ruraux», note Claude Roiron.

«Identification de femmes»

«Les socialistes ont pourtant dû connaître les mêmes problèmes que nous dans certains cantons», tempère la direction de l'UMP. Le parti qui avait reçu la plus grosse sanction financière pour avoir le moins respecté la parité lors des législatives en 2012, fait, désormais, amende honorable. «Même si c'est dur pour un grand parti de ne pas reconduire un sortant qui n'a pas démérité, tout ce qui permet de ressembler au corps électoral va dans le bon sens. Et l'effort d'identification de femmes pour cette élection sera très utile pour l'avenir», souligne-t-on à l'UMP.

 

Partage du pouvoir?

Mais parité des élus ne signifie pas forcément partage du pouvoir. «L'enjeu va porter sur la répartition des postes de responsabilité», souligne Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil à l'égalité entre femmes et hommes.

«Dans les départements où nous aurons la majorité, entre un quart et un tiers des présidences reviendront à des femmes», affirme le PS. Aucune prévision à l'UMP, si ce n'est que dans les Bouches-du-Rhône: «Si nous remportons la majorité, c'est une femme qui dirigera le département. Pas au nom de la parité, mais parce que c'est la meilleure».

* Contacté, le FN n'a pas donné suite.

Une évolution politique notable. La France, longtemps mauvais élève, fait, désormais, parfois mieux que l'Europe. Alors que le taux moyen de femmes dans les conseils regionaux et municipaux en Europe est de 32%, il atteint respectivement 48% et 40,3% en France. Un cocorico que valide, en 2014, le rapport mondial sur la parité du Forum économique mondial. Il précise que la France fait un bond de la 45e à la 16e place en un an. Si la réduction des écarts entre les salaires a joué un rôle, «l'amélioration observée s'explique principalement par l'augmentation du nombre de femmes participant à la vie politique»,  précise le Forum économique mondial.