VIDEO. Le «FNPS» ou quand Nicolas Sarkozy s'approprie les recettes du FN

ELECTIONS Nicolas Sarkozy met en garde les électeurs contre le vote Front national...

Agnès Chareton
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Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy lors d'un meeting à Chalon-sur-Saône, le 19 février 2015
Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy lors d'un meeting à Chalon-sur-Saône, le 19 février 2015 — Jean-Philippe Ksiazek AFP

«La seule réalité électorale, c’est le FNPS.» Dans une interview publiée par Le Figaro dimanche soir, Nicolas Sarkozy met en garde les électeurs contre le vote Front national au premier tour des élections départementales, le 22 mars prochain, qui risque, selon lui, de faire le jeu du Parti socialiste. «Je dis simplement à ceux qui ont voté Front national dans le Doubs: voter Front national a conduit à l’élection d’un député socialiste de plus», affirme le président de l’UMP. «Voter pour le FN au premier tour, c’est faire gagner la gauche au second. C’est le FNPS!» poursuit-il. Le «FNPS», une expression choc qui rappelle l’«UMPS» régulièrement invoquée par le Front national pour dénoncer la bipolarisation de la vie politique. Dans la bouche de Nicolas Sarkozy, cette formule prend un tout autre sens. Explications.

 

 

« FNPS », une expression pas si nouvelle

La formule choc «FNPS», utilisée pour la première fois par Nicolas Sarkozy dans les colonnes du Figaro lundi 2 mars, a déjà été utilisée par des poids lours de l'UMP. En mai 2013, Nadine Morano affirmait déjà dans un tweet: «FNPS une réalité politicienne et mitterrandienne qui déshonore la politique et qui nuit aux Francais.» L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy réagissait à un article de L'Express, qui expliquait «Comment le PS du Vaucluse a sciemment fait élire Marion Maréchal-Le Pen».

FNPS une réalité politicienne et mitterrandienne qui déshonore la politique et qui nuit aux Francais http://t.co/X3iQImhVPv
— Nadine Morano (@nadine__morano) 29 Mai 2013

En octobre de la même année, Jean-François Copé avait repris l'expression à son compte en ouverture de la convention de l'UMP sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy, rapporte le Huffington Post. «Oui, j'accuse François Hollande, président de la République, de favoriser par sa politique la montée du Front national», avait-il martelé, ajoutant: «Ce n'est pas l'UMPS -et je viens de vous montrer combien la gauche et la droite c'est différent- c'est le FNPS.»

Une formule qui fait référence à Marine Le Pen

Cela fait des années que le Front National ironise sur «l'UMPS», une manière de renvoyer dos à dos l’UMP et le PS et de souligner l’échec de leurs politiques successives pour redresser le pays. «La formule «UMPS» fait sens dans la bouche de Marine Le Pen, car il y a une dynamique à l’extrême droite créée par la déception d’un certain nombre d’électeurs, pour qui les alternances entre l’UMP et le PS au pouvoir n’ont rien changé », souligne Emmanuel Rivière, de l’Institut de sondage TNS Sofres, interrogé par 20 Minutes. «La transposer en «FNPS», cela renvoie à une autre antienne, qui date des 1980, selon laquelle le FN serait l’allié objectif du PS en divisant la droite. Ce n’est pas du tout la même expression», pointe-il. «Le fait que ce soit phonétiquement un peu la même sonorité, c’est une volonté de la part de Nicolas Sarkozy de frapper les esprits, et ça a marché.»

Le FN en pole position aux élections départementales

Derrière cette expression explosive se cache la crainte de l'UMP face à la montée du Front national, donné en tête des intentions de vote au premier tour des élections départementales, le 22 mars prochain, par plusieurs enquêtes d'opinion. Selon le dernier sondage Odoxa publié par Le Parisien dimanche, le Front National recueillerait 33% des intentions de vote, devant l’UMP allié à l’UDI (27%), et le PS qui ne récolterait que 19% des suffrages.

Pourtant, selon Emmanuel Rivière, si la victoire du Front National dans au moins un département est «une réalité qu'on ne peut pas totalement exclure», c'est l'UMP qui devrait remporter le plus de départements. En effet, selon lui, «il y aura très peu de triangulaires», en raison de la forte abstention attendue, du fait d'une conjugaison de facteurs: redécoupage des cantons, faible médiatisation des élections départementales, mauvaise identification du rôle des départements auprès des électeurs...

L'UMP redoute une victoire médiatique du FN

Ce que craint Nicolas Sarkozy n'est donc pas tant l'arrivée massive de conseillers départementaux FN, mais plutôt une victoire médiatique du parti de Marine Le Pen. «Il suffit que le FN remporte un département pour que l’attention des médias soit focalisée là-dessus, et que les départementales apparaissent comme une nouvelle étape de conquête pour le FN», remarque Emmanuel Rivière. «Nicolas Sarkozy cherche absolument à éviter ce scénario. Il veut que son retour à l’UMP soit bordé de succès électoraux, pas de demi-succès.»