Résultats du 1er tour : les journalistes aussi bons que les sondeurs?

Catherine Fournier

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La presse nationale a-t-elle pressenti les résultats du premier tour de l’élection présidentielle? C’est la question que se pose Jean Véronis, professeur de linguistique à l’Université de Provence, après avoir réalisé une étude sur le taux de citation des différents candidats dans six quotidiens («Les Échos», «Le Figaro», «L’Humanité», «Libération», «Le Monde», «Le Parisien») ainsi que sur le site Marianne 2007 entre le 14 et le 20 avril 2007.

«Intuition collective»

Les résultats sont étonnants. «Si l’on ne retient que les résultats des trois quotidiens les moins engagés (Les Echos, le Monde et le Parisien), on obtient 31,3% pour Nicolas Sarkozy, 24,7% pour Ségolène Royal et 18,8% pour François Bayrou», explique Jean Véronis. Le Pen, lui, plafonne à 9,1%, alors que les instituts de sondage le donnaient plutôt à 12-13% dans les dernières semaine.

Pourquoi cette concordance ? Selon Jean Véronis, elle tient surtout dans «une intuition collective très fine de la part des journalistes politiques, qui sont des observateurs attentifs des rapports de force en présence et de l’opinion publique». Le linguiste note que «si les instituts de sondage font appel à des spécialistes politiques, ceux-ci sont moins nombreux et moins présents sur le terrain.»

L’effet 21 avril 2002 est également à prendre en compte. Pour ne pas reproduire la sous-estimation de Le Pen, les sondeurs ont redressé «à l’intuition» les chiffres obtenus concernant le leader frontiste. Sous peine de se tromper et d’ «intoxiquer» les autres, étant donné l’influence réciproque entre les instituts de sondage.

«Negativ campaign»
«C’est une bonne nouvelle pour la presse, souligne Jean Véronis. Cela montre que les journalistes font un travail honnête, respectant une certaine équité entre les candidats.» Loin de lui l’idée que cette concordance relèverait d’un complot médiatique en faveur de tel ou tel candidat. Le spécialiste relève toutefois les effets pervers de la «negativ campaign» menée par certains journaux engagés. Les occurrences sur Nicolas Sarkozy sont en effet bien plus importantes dans des quotidiens marqués à gauche comme «L’Humanité» et «Libération».
«Le front anti-Sarko ne dessert pas forcément le candidat de l’UMP.»

Et pour le 2e tour, alors ? « Entre le 24 et le 30 avril, les «Echos» (les plus proches des résultats au 1er tour) ont accordé 48% à Ségolène Royal et 52% à Nicolas Sarkozy», note Jean Véronis sur son blog. L’institut de sondage LH2 donnait les même estimations lundi.