Dîner du Crif: La polémique en cinq actes

POLEMIQUE Comment la tension est montée au fil de la journée de ce lundi...

Nolwenn Leboyer

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Le président du Crif, Roger Cukierman, répond à des questions des journalistes, le 11 janvier 2015 à Paris
Le président du Crif, Roger Cukierman, répond à des questions des journalistes, le 11 janvier 2015 à Paris — Dominique Faget AFP

Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a fait une intervention remarquée ce lundi matin sur Europe 1 avec des propos polémiques sur Marine Le Pen et les «jeunes musulmans». Si bien que le CFCM a annoncé qu'il boycottait le 30e dîner du Crif ce lundi soir, une première. 20 Minutes revient sur cette polémique en cinq actes.

  • Sur Europe 1 ce matin: «Marine Le Pen, irréprochable personnellement»

Questionné sur les prochaines élections départementales, pour lesquelles un sondage donne le Front national en tête des intentions de vote, Roger Cukierman, estime que le parti de Marine Le Pen est à éviter. Avant d’expliquer: «Je crois qu'on est tous conscients dans le monde juif que derrière Marine Le Pen, qui est irréprochable personnellement, il y a tous les négationnistes, tous les vichystes, tous les pétainistes.» Mais le responsable religieux d’ajouter: «Le Front national est un parti pour lequel je ne voterai jamais, mais c'est un parti qui aujourd'hui ne commet pas de violence. (...) Il faut dire les choses: toutes les violences aujourd'hui sont commises par des jeunes musulmans. Bien sûr, c'est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes.» Par ailleurs, à la question de savoir s'il était «choqué» par le terme «islamo-fascisme» employé par le Premier ministre Manuel Valls, Roger Cukierman a répondu: «Non, pas du tout, cela correspond assez bien à la réalité.»

  • Une vague de réactions face à ces propos tranchés

Face à ces paroles, les réactions ne se sont pas fait attendre. Dès 8h30, l’ancienne patronne du Medef, Laurence Parisot, s’est exprimée sur Twitter:

Le député PS, Alexis Bachelay:

 

A l'UMP, Isabelle Balkany, est elle aussi outrée:

Dans la foulée, l’avocat Serge Klarsfeld a également réagi expliquant de manière similaire que l’actuelle présidente du FN n'avait pas rompu avec son père. «Elle dirige le Front national qui porte le passif des prises de position antisémites du père qui est président d'honneur du Front national», a conclu l’avocat.

  • Roger Cukierman s'amende à la mi-journée

Face aux polémiques, le président du Crif a tenu à s'amender auprès de l'AFP, dans une dépêche de 13h17, assurant que «Madame Le Pen n'est pas fréquentable parce qu'elle ne s'est pas désolidarisée des propos de son père». «Son parti est rempli de vichystes et de pétainistes» et il «n'est pas souhaitable pour la France», a-t-il estimé, ajoutant: «Je ne voterai jamais pour le FN».

  • Le Crif envoie un communiqué au cas où

Peu après 16 heures, le Crif envoie un communiqué aux rédactions car «le président du Crif tient à lever toute ambiguïté sur la position du Crif vis-à-vis du Front national». Et d'embrayer: «Pour Roger Cukierman, si Marine Le Pen est irréprochable juridiquement, elle ne s'est jamais désolidarisée des multiples propos antisémites de son père Jean-Marie Le Pen, plusieurs fois condamnés en justice, et continue d'accueillir au sein du Front national des auteurs de propos racistes et antisémites de toutes sortes.» De fait, le Crif considère le FN «comme un parti infréquentable».

  • Boycott du dîner annuel du Crif

Vers 16 heures l'information tombe, confirmée par 20 Minutes: le Conseil français du culte musulman ( CFCM) explique qu'il boycotte le dîner annuel du Crif qui se déroule ce lundi soir, en présence du Président François Hollande. L'objet du courroux? Non pas les propos sur Marine Le Pen, mais ceux sur les «jeunes musulmans», sur lesquels Roger Cukierman ne s'est pas du tout amendé. Dans un communiqué publié sur son site, le CFCM a précisé que considérer que «toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans» et approuver «l’expression "islamo-fascisme" sont des déclarations irresponsables et inadmissibles qui contreviennent au principe même du vivre-ensemble. Le CFCM ne peut accepter que la composante musulmane de France soit aujourd’hui l’objet d’attaques aussi graves qu’infondées».