Loi Macron: Quand l’Assemblée nationale s'enflamme pour la motion de censure

REPORTAGE L’occasion est rare, tant pour les députés de la majorité que de l’opposition, de faire entendre leurs voix...

Anne-Laëtitia Béraud

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Manuel Valls s'éponge après son passage à la tribune de l'Assemblée nationale le 19 février 2015
Manuel Valls s'éponge après son passage à la tribune de l'Assemblée nationale le 19 février 2015 — Jacques Brinon/AP/SIPA

L’ambiance à l'Assemblée nationale est électrique ce jeudi. Après le recours à l’adoption sans vote de la loi Macron, le gouvernement fait face à une motion de censure déposée par l'UMP et l'UDI, et soutenue par quelques députés d'extrême gauche. Le but de cette motion vise à renverser le gouvernement de Manuel Valls. Les chances sont, avant le vote, minimes. Mais l’occasion est rare, tant pour les députés de la majorité que de l’opposition, de faire entendre leurs voix.

>> Tous les événements ce jeudi sur cette motion de censure à l'Assemblée nationale

A partir de 14h, dans la salle des quatre colonnes, s’organise le ballet des députés et des journalistes. Le débat ne débute pourtant qu’à 16h, pour un vote à 18h30. Les socialistes campent sur le terrain, bien décidés à ne pas laisser les frondeurs accrocher les lumières des médias. Le patron des députés PS Bruno Le Roux vient et revient, affirmant que la majorité reste solide. Mais l'agacement pour les frondeurs pointe. Il lance: «Ce qui est interdit pour les députés socialistes, c’est de voter contre la majorité et le gouvernement ». Est-ce un ultimatum? «Oui».

Ultimatum versus paroles d'apaisement

Quant aux frondeurs, ils se font discrets. Comme d’autres, le député Pouria Amirshahi martèle des paroles d’apaisement. Non, il ne votera pas la motion de censure portée par l’UMP et l’UDI. Mais oui, «le gouvernement doit discuter avec nous. Quand Joseph Stiglitz ou Thomas Piketty font des propositions, tout le monde trouve cela formidable, et quand cela vient de la part de députés, on les appelle les frondeurs. Cela suffit». Des paroles qui ont le don d’énerver le député PS de Paris Christophe Caresche. «Que les députés frondeurs soient honnêtes, et qu’ils quittent le groupe socialiste s’ils ne soutiennent pas la majorité et le gouvernement !». La rupture semble consommée. Christophe Caresche accuse ces frondeurs de «construire une majorité alternative».

>> L'interview de Pouria Amirshahi, député PS frondeur

«Vous êtes faible»

Du côté de l’UMP, on se régale de la situation. Avec ces brouilles intra-socialistes, «il y a quelque chose d’existentiel pour le gouvernement et que l’opposition regarde avec gourmandise», finasse le député UMP Patrick Ollier. «Et même si nous sommes minoritaires mathématiquement, nous allons regarder avec beaucoup d’attention les discours et les résultats», ajoute l’ancien ministre, tout sourire. Dans l’hémicycle, l’ambiance est bien moins goguenarde. Chahuts, huées, les députés de l’opposition se donnent à cœur joie à l’invective. Le patron des députés UMP Christian Jacob adresse un cinglant «vous êtes faible» à Manuel Valls. Il appelle à une dissolution de l’Assemblée nationale.

>> L'interview d'un député de l'opposition sur cette motion, Patrick Ollier

Manuel Valls, voix éraillée, estime quelques minutes plus tard: «Nous sommes sur le fil du rasoir». Cependant, le Premier ministre croit à la victoire d’«une réponse républicaine, ferme, forte bienveillante et généreuse portée par le gouvernement et par cette gauche responsable qui veut agir».

Au final, l’UMP fait le plein de ses voix, au contraire de l’UDI et des communistes. La motion de censure est rejetée, recueillant 234 voix sur les 289 voix nécessaires. Le vote du jour ne fait donc pas tomber le gouvernement. Mais il ne peut masquer les divisions d’une majorité toujours plus fragile.