Loi Macron et 49-3: Manuel Valls et son ministre de l’Economie font front contre les «débats stériles»

GOUVERNEMENT Le Premier ministre a annoncé ce mardi que le gouvernement engageait sa responsabilité devant l'Assemblée afin de faire adopter son projet de loi...

Nicolas Beunaiche

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Emmanuel Macron et Manuel Valls le 17 février 2015, à l'Assemblée nationale.
Emmanuel Macron et Manuel Valls le 17 février 2015, à l'Assemblée nationale. — Jacques Brinon/AP/SIPA

Manuel Valls contre le reste du monde. Mis au défi par les députés opposés au projet de loi Macron, le Premier ministre a montré les muscles mardi soir, sur le plateau du JT de TF1, quand Emmanuel Macron s’expliquait lui sur France 2.

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Dès les premières secondes de son interview, Manuel Valls a dégainé l’argument d’autorité pour justifier son recours à l’article 49-3 de la Constitution, qui prévoit que le gouvernement engage sa responsabilité devant l’Assemblée. «La France a besoin d'autorité pour redresser le pays, a-t-il asséné. Le moment est grave, il y a une menace terroriste […] Le message des Français, c'est: "montrez-vous à la hauteur".» Sous-entendu: certains ne le sont pas... Une attaque déguisée qui visait en premier lieu les frondeurs du PS.

La droite en prend aussi pour son grade

Plus tard, il a d’ailleurs remué le couteau dans la plaie. «Vous croyez qu'un seul instant moi, je vais perdre du temps avec ceux qui ont d'autres objectifs que les problèmes des Français?» s’est-il interrogé tout haut. «Chacun peut comprendre ma très grande détermination (...) à poursuivre les réformes, parce qu'il en va de l'intérêt du pays, et ce que les Français attendent, que le gouvernement agisse, ne perde pas du temps dans des débats stériles.» Une explication en écho à celle d’Emmanuel Macron, qui s’exprimait simultanément sur France 2: «La gauche qui ne veut rien faire, elle ne sert à rien.»

La droite n’a pas échappé, elle non plus, aux critiques du Premier ministre. Interrogé sur l’ouverture des commerces le dimanche, il n’a pas manqué de tacler la droite, majoritairement favorable à cette mesure depuis des années, et qui pourtant s’opposait au texte. Un «calcul politique», selon lui. «Le risque, c'était que tous les conservatismes s'additionnent, à droite comme à gauche», en a-t-il conclu.

 

Macron confiant pour jeudi

Aurait-il alors cédé à ses opposants? Depuis quelques heures, les mots de «déni démocratique» et d’«aveu d’échec» n’ont pas manqué de surgir dans le débat. Une erreur d’analyse, répond Manuel Valls. «Je ne pouvais pas me permettre qu'il y ait un échec ce soir. Vous [les journalistes de TF1] avez parlé d'échec, non. L'échec, ça aurait été si le texte avait été rejeté. C'est pour cela que j'ai engagé ma responsabilité», a-t-il plaidé.

De son côté, Emmanuel Macron a insisté sur le temps passé à retravailler le texte à l’Assemblée. «Si le 49.3, qui a été utilisé cet après-midi par le Premier ministre après que le président l'a autorisé, est un déni démocratique, il faudra m'expliquer ce que sont les 200 heures de débats que nous avons eues, ce que sont les centaines d'amendements qui ont enrichi ce texte, il faudra m'expliquer quel est le rôle des dizaines et des dizaines de parlementaires qui, jour et nuit, avec moi, ont travaillé dessus», s’est agacé le ministre de l’Economie.

Celui-ci s’est toutefois dit convaincu que «la majorité sera au rendez-vous jeudi soir», lors du vote sur la motion de censure que doit déposer l'opposition d'ici mercredi 16h30. «Le gouvernement va continuer à travailler, à réformer plus vite et plus fort, oui», a encore promis le ministre. Sur TF1, Manuel Valls n’a d’ailleurs pas dit autre chose: «J'ai du carburant pour continuer, et personne ne peut douter de ma détermination, de celle du président de la République, de celle du gouvernement. Nous continuerons les réformes, jusqu'au bout, jusqu'en 2017.»