Bayrou, entre ovation et railleries

Sandrine Cochard

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Difficile de se frayer un chemin à travers la foule amassée à l’entrée du prestigieux hôtel Westin. Invités mercredi après-midi par François Bayrou, journalistes et parlementaires se pressent et tentent de trouver une place assise dans la salle bondée. «C’est the place to be», s’amuse une journaliste, le précieux laisser-passer orange autour du cou. Le candidat UDF est devenu incontournable depuis dimanche soir.

Pas de consigne mais Sarkozy trinque

François Bayrou apparaît devant le mur orange, couleur officielle de sa campagne. Tout sourire, il prend la pose puis balaie les journalistes grouillant autour de lui. «Les preneurs d’images vont disparaître pour que je vois vos confrères», ordonne-t-il avec calme. «Pour la dernière fois avant une longue traversée du désert», se moque un homme au quatrième rang.

La voix posée et la répartie assurée, Bayrou savoure le nouveau statut de «troisième force politique française» de l’UDF. Un message martelé trois fois, pour être sûr qu’il passe bien. Dans leur carré VIP, les parlementaires UDF sont aux anges. Leur candidat refuse de s’allier à l’un des deux parti en lice pour le second tour de l’élection et annonce la création d’un vaste Parti démocrate, prévue avant l’échéance des législatives. Aucune consigne de vote n’est donnée mais le président du futur Parti démocrate ne se prive pas de taper sur Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, particulièrement visé par les piques en tout genre et comparé à Silvio Berlusconi par Bayrou.

Begag règle ses comptes

Plusieurs salves d’applaudissements saluent le discours. Les journalistes américains présents n’en reviennent pas : «C’est fatigant ces applaudissements, on n’est pas à un meeting», raille l’un d’entrer eux. Il s’esclaffera pourtant bruyamment aux bons mots du candidat UDF. Un autre perçoit en François Bayrou un fin analyste de la situation politique française.

Corinne Lepage veut croire que l’élan démocrate trouvera un écho chez ses 7 millions d’électeurs du premier tour. «Il y a certes une différence d’origine des électeurs de François Bayrou, mais l’important c’est le point d’arrivée, identique pour tous qu’ils viennent de gauche ou de droite. Tous ceux-là vont voter Parti démocrate aux prochaines législatives», veut-t-elle croire.

A quelques mètres, Azouz Begag, sous une nuée de caméras et de micros, est intenable. Il ne manque pas une nouvelle occasion de taper sur Nicolas Sarkozy. «Quand Nicolas Sarkozy pointe avec agressivité à l’égard des jeunes de banlieues et les immigrés, le fameux “mouton dans la baignoire”, sur la grande chaîne française Ti-Ef-one, là je dis stop !», tempête-t-il sans se départir de son sourire. A une journaliste d’Europe 1, il s’exclame : «Tiens, Europe 1 ! Votre radio me boycotte pendant des années. Vous pouvez passer à l’antenne ce que je viens de dire ? Et j’aimerais également que M. Elkabach me réponde et m’explique pourquoi un tel boycott.»

François Bayrou, ovationné par ses troupes et courtisé par Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, attend maintenant son heure. Il doit rencontrer bientôt la candidate socialiste pour déterminer s’ils peuvent s’entendre. A condition que celle-ci recentre son programme.