«L’UDF ne pourra survivre sans alliance»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

— 

Environ 44,5 millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche pour dire qui ils souhaitent voir succéder à Jacques Chirac à la présidence de la République, dans une élection à suspense qui devrait marquer un tournant dans la Ve République.
Environ 44,5 millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche pour dire qui ils souhaitent voir succéder à Jacques Chirac à la présidence de la République, dans une élection à suspense qui devrait marquer un tournant dans la Ve République. — AFP/Archives

Gérard Grunberg, chercheur du CNRS au Cevipof (Sciences Po), la vie politique française a déjà basculé dans un «bipartisme imparfait». Une thèse défendue dans son dernier livre, co-écrit avec Florence Haegel du Cevipof, «La France vers le bipartisme ?» (Ed. Sciences Po presse)

Selon vous, la France tend au bipartisme. Pourquoi ?
Le bipartisme ne signifie pas forcément une vie politique limitée à l’existence de deux partis uniques mais qu’elle est dominée par deux partis. En France, la bipolarisation est effective. Le PS et l’UMP, et avant lui le RPR, contrôlent et font fonctionner à eux deux la vie politique : ce sont des partis qui ont déjà eu un président élu et la majorité à l’Assemblée nationale.

La bipolarisation française ressemble-t-elle au bipartisme américain ?
Non, même s’il existe de nombreux points communs entre la vie politique américaine et française. Comme aux Etats-Unis, l’élection présidentielle est aujourd’hui au cœur de la vie politique française, du fait de l’inversion de calendrier initiée par Lionel Jospin : le PS et l’UMP en font une échéance prioritaire, devenant des partis «présidentiels». La désignation du candidat du parti est d’ailleurs soumise au vote, comme on l’a vu lors des primaires du PS. L’implication croissante des militants est une nouvelle stratégie qui permet de se détacher du parti pour miser sur une personnalité présidentiable, comme c’est le cas aux Etats-Unis.

Le score inattendu de François Bayrou (UDF), qui a rassemblé 18,57% des suffrages au premier tour, sonne-t-il la fin de la domination du PS et de l’UMP ?
Non, je ne le pense pas. L’UDF tend à l’autonomie depuis 2002 et réfute aujourd’hui toute alliance avec la gauche ou la droite. Cette position me semble compliquée et difficilement tenable : une élection et le poids politique d’un parti se joue sur quatre tours, les législatives — seules élections capables d’assurer la majorité au président — étant désormais incontournables. Le bon score de François Bayrou n’assure pas à l’UDF une même réussite aux législatives, notamment du fait de son électorat très hétérogène issu de la droite et de la gauche. La survie de l’UDF, déjà mise à mal par la création de l’UMP en 2002, se joue aux législatives et ne sera pas possible sans alliance. De nombreux députés du parti l’ont compris et ont rallié Nicolas Sarkozy pour assurer leurs arrières. Mais l’UDF ne peut pas s’allier à l’un ou l’autre sans s’exposer à la scission. La nouvelle donne politique n’est donc pas à chercher de ce côté-ci.

Où est-elle à chercher alors ?

La bipolarisation de la vie politique française s’est accéléré depuis 2002, avec deux conséquences : la simplification du choix du président, avec une montée du vote utile, et une marginalisation des petits partis. Le PCF est moribond et le Front national a pris un coup décisif. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs réussi là le décrochage qu’avait réussi Mitterrand face à George Marchais, en 1981. Néanmoins, à terme, le bipartisme en France ne sera possible que si les deux grands partis s’élargissent vers le centre, créant un grand parti de centre-droit et un grand parti de centre-gauche, comme l’appelle Massimo Cacciari, le maire de Venise et promoteur du Parti démocrate italien. Cela implique une refonte de ces partis

Annonce
François Bayrou analysera le résultat du premier tour de la présidentielle face à la presse mercredi, à partir de 15h30.
Il devrait, à cette occasion, préciser sa consigne de vote pour le second tour.