François Hollande a-t-il vraiment intérêt à remanier le gouvernement?

POLITIQUE La question est de nouveau posée, mais il n'y a pas que des avantages à changer son équipe gouvernementale...

Maud Pierron

— 

Poignée de mains entre le Premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande à l'issue du Conseil des ministres le 4 février 2015 à l'Elysée à Paris
Poignée de mains entre le Premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande à l'issue du Conseil des ministres le 4 février 2015 à l'Elysée à Paris — Martin Bureau AFP

Et revoilà l’hypothèse d’un remaniement gouvernemental à l’issue des cantonales. Le Parisien vendredi et Le Monde  ce week-end ont relancé le scénario, expliquant que le François Hollande aimerait faire revenir les écologistes au gouvernement après leur départ en avril dernier. Une option qui présenterait quelques avantages «politiques et politiciens» selon le politologue Eddy Fougier, mais qui pourrait aussi s’avérer risquée. 20 Minutes compte les points.

Tenir son aile gauche

Début juin, le PS tient son congrès déjà présenté comme à hauts risques, certains rêvant de mettre en minorité la ligne gouvernementale. D’autant que Martine Aubry s’est réveillée. De ce point de vue, agiter la rumeur d’un remaniement, c’est le meilleur moyen de «tenir» sa gauche, note le spécialiste de la communication politique Philippe Moreau-Chevrolet. «Annoncer un remaniement, c’est laisser miroiter à des frondeurs ou des aubrystes que des places sont à prendre au gouvernement, donc que ce n’est pas le moment d’aller contre la majorité. L’aile gauche se comptera, comme d’habitude, mais le but, c’est de montrer qu’elle est minoritaire», analyse-t-il. «En politique, la carotte marche mieux que le bâton», constate-t-il.

Affaiblir Cécile Duflot

Ce n’est un secret pour personnes, certains écolos - Jean-Vincent Placé en tête plaident pour revenir au gouvernement. Au PS, on estime que ça permettrait de limiter la casse aux régionales avec des candidatures communes et Manuel Valls et François Hollande multiplient les mains tendues. «Ils exploitent une opportunité politique car les Verts sont très divisés sur la question. Ils appuient là où ça fait mal» explique Eddy Fougier, politologue associé à l'Iris. Mais la finalité de la manœuvre, c’est 2017 et éviter à tout prix qu'EELV présente une candidature en solo ou en s'alliant au Front de gauche pour faire un Syriza à la française. «Agiter de nouveau ce débat, c’est une manière de fragiliser les écologistes, de marginaliser Cécile Duflot mais aussi de faire monter d’autres personnalités écolos qui pourraient rivaliser avec elle», note Philippe Moreau-Chevrolet.

Mais un problème de cohérence politique

«Il y a une plus grande cohérence aujourd’hui entre l’action menée par le gouvernement, la communication du couple exécutif, et le sujet du pays, qui est de savoir si l’on peut sauver le modèle social français en le réformant», explique le politologue Stéphane Rozès, président de Cap. Réintégrer les écologistes, ou des membres de l’aile gauche, remettrait en cause «tout le processus de clarification politique» entamée depuis janvier 2014, ajoute-t-il. Et cela pourrait  passer pour une manœuvre «politicienne, en cherchant d’abord à répondre aux problèmes internes à la gauche et non des Français», assure Eddy Fougier. 

Un retour de la machine à couacs
Stéphane Rozès est formel: «Il n’y a aucun intérêt à remettre de l’inconstance et de l’inconséquence dans la machine gouvernementale». D’après lui, les Verts ne sont pas assez mûrs pour partager les responsabilités gouvernementales car ils n’arrivent pas à trouver le bon équilibre entre «l’éthique des convictions» et la pratique politique. De plus, les faire rentrer au gouvernement ne signifierait pas que localement, pour les régionales, EELV s’allierait avec le PS car «la direction semble incapable d’imposer ses vues localement».

Un mauvais timing

La fenêtre de tir est bancale, relève Philippe Moreau-Chevrolet. Si c’est juste après les cantonales, c’est avant le congrès du PS, donc le gouvernement n’a plus de carte dans sa manche pour pacifier le parti. S’il cherche à amadouer les écologistes en vue des régionales, le mieux serait d’y procéder au plus tard à la rentrée, afin de préparer en amont des candidatures communes. Sauf que les régionales, de toute façon, seront mauvaises puisque le PS part de haut et que le gouvernement se retrouverait sans moyen de rebond après une probable claque. Bancal, donc, on vous dit.