VIDEO. Frédéric Lefebvre: L'ex-sniper de Sarkozy n'est plus dans «l’embrigadement partisan»

PORTRAIT Le député UMP professe un «élan nouveau» en politique, revendiquant sa liberté de voter des textes de gauche…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le député UMP Frédéric Lefebvre à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2016.
Le député UMP Frédéric Lefebvre à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2016. — ANTONIOL ANTOINE/SIPA

«La famille politique, ce n’est heureusement pas une garnison». Emanant de l’ex-soldat sarkozyste Frédéric Lefebvre, la formule intrigue. Après avoir été le seul à l’UMP à dire oui au pacte de stabilité de la gauche en 2014, le député est, ce mardi, l’un des rares à droite à voter la loi Macron. Son credo? Faire fi «des pressions», des «petits calculs», pour incarner «une opposition constructive».

La «famille» UMP, et son patron Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre connaît tout cela sur le bout des doigts. Il en a été l’un des piliers. Membre fidèle des cabinets de Nicolas Sarkozy à Bercy dans les années 1990 puis 2000, il entre à l’Assemblée nationale en 2007, en tant que suppléant d’André Santini, nommé ministre.

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Il accroche les lumières dès l’année suivante, au poste de porte-parole de l’UMP. La mèche rebelle, celui qu’on surnomme le «sniper» de l’UMP, ou plus prosaïquement le «troll» sarkozyste, va multiplier les déclarations fracassantes. De ces années où il forme la «riposte face aux attaques systématiques visant le Président et la majorité», il ne renie rien. Notamment quand, en pleine chasse aux clandestins, il affirme que «la dénonciation est un devoir républicain». «Je le redirais tout autant aujourd’hui. J’ai utilisé le mot ‘dénoncer’, comme pour dénoncer une situation monstrueuse. Je n’ai pas employé le terme ‘délation’», dit-il.

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«Je n’ai pas changé fondamentalement», souligne-t-il encore. Avant de nuancer: «Bien sûr il y a un changement quand on vous confie des fonctions ministérielles, qui impliquent de nouvelles responsabilités», rappelant ici ses deux ans de gouvernement sous Nicolas Sarkozy comme secrétaire d'Etat chargé du Commerce. Autre élément de son évolution: ses «sept embolies et un infarctus pulmonaire». «J’ai tutoyé la mort, cela change la manière de voir les choses», dit-il. Ce sera donc, après la chute de pression post-présidentielle 2012, «un livre, des projets personnels», mais aussi un micro-parti et des activités d’avocats qui lui rapportent 207.000 euros en 2013.

«Lefebvre, un non-événement»

Il retrouve un mandat politique la même année à l’issue de la législative partielle dans la 1re circonscription des Français établis hors de France en Amérique du Nord. Aujourd’hui, entre Paris et ses dix jours par mois en circonscription, ce boulimique de l’écriture de propositions de lois n’a «aucune ambition d’abandonner la politique». «Au contraire, je porte des idées sans esprit partisan dans ma famille et même au-delà, et l’on commence à me rejoindre», précise-t-il. Avant de lancer un slogan taillé pour la presse: «La patrie plutôt que le parti!».

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Des déclarations qui soulèvent la circonspection de sa famille politique. Le président des députés UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, balaie: «Frédéric Lefebvre ne vient pas aux réunions du groupe, on ne le voit pas. C’est un non-événement». Un autre raille celui l’homme qui «ne représente personne à part lui-même». A propos de son vote sur la loi Macron, Jean-Frédéric Poisson (Yvelines) souligne une «position ultra-minoritaire», avant d’ajouter qu’«évidement il n’y a pas de punition à la clef».

«Sortir du bocal»

Des commentaires contredits par son ancien collègue au porte-parolat de l’UMP, Dominique Paillé. Le tandem était surnommé «Dodo et Frédo». Désormais chez les centristes de l’UDI, Dominique Paillé salue un député qui prend «des positions responsables et n’est plus dans l’embrigadement partisan».

De Nicolas Sarkozy, l’homme dont il fut si proche,il a désormais pris quelques distances. «Les décisions que je prends n’ont rien à voir avec l’amitié portée à Nicolas Sarkozy». Dont acte. Et qu’on ne vienne pas lui parler de la primaire à droite en 2016, qui aiguise toutes les ambitions à l’UMP. «Vous croyez vraiment que les Français qui attendent des solutions, ils  veulent qu’on leur réponde ‘primaire’? Cela leur passe au-dessus de leur tête». Frédéric Lefebvre veut donc tracer sa route et «sortir du bocal politique» pour professer «l’élan nouveau face à l’ancien monde».

B. Berbert/Sipa