Union des démocrates musulmans de France: «Ce parti ne s’imposera pas dans le paysage politique»

INTERVIEW Selon Vincent Tiberj, sociologue de l’immigration à Sciences-Po, le fait que ce parti présente des candidats aux élections départementales ne présage pas de son succès…

Delphine Bancaud

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Dans l'isoloir, carte électorale et enveloppe prête à voter pour le second tour des élections cantonnales. 27/03/11 Toulouse
Dans l'isoloir, carte électorale et enveloppe prête à voter pour le second tour des élections cantonnales. 27/03/11 Toulouse — Frédéric Scheiber/20MINUTES

L’Union des démocrates musulmans de France veut faire parler d’elle. Lancé en 2012 ce parti présentera des candidats dans huit cantons aux élections départementales des 22 et 29 mars, selon Le Parisien. Une initiative modeste, qui ne risque pas de le propulser sur la scène politique, selon Vincent Tiberj, sociologue de l’immigration à Sciences-Po.

Alors que le vote des personnes issues de l’immigration s’inscrit traditionnellement à gauche, à quel besoin électoral répond l’Union des démocrates musulmans de France?

Ce parti témoigne de l’incapacité de la France à parler sereinement de l’Islam. A force d’insister dans le débat public sur l’Islam et sa compatibilité avec les valeurs de la République, on risque de créer un clivage entre les musulmans et le reste des Français. Ce parti est donc le fruit d'une tentative de résistance face à un phénomène de stigmatisation. Il s’agit d’un réflexe de défense, comme il avait sans doute présidé aussi à la création du Collectif contre l'islamophobie en France.

Mais peut-on parler pour autant de communautarisme?

Je ne crois pas, car le communautarisme, c’est d’abord rejeter le pays où l’on vit, promouvoir une identité particulière et surtout revendiquer un traitement spécifique pour sa communauté. Il semblerait que ce ne soit pas le cas de ce parti et cette attitude reste de toute façon très minoritaire chez les Français musulmans.

Ce parti peut-il s’imposer dans le paysage politique français?

Non je ne crois pas, car plusieurs partis musulmans ont déjà vu le jour en France par le passé (le Parti des musulmans de France et Euro-Palestine). Mais ils n’ont recueilli que peu de voix et n’ont pas réussi à émerger, tant au niveau local que national. Et ce, parce que la mobilisation autour d’une religion ne fonctionne pas. D’ailleurs le parti chrétien-démocrate n’a jamais réussi à s’imposer non plus. Enfin, notre système politique  est particulièrement complexe pour faire émerger de nouveaux partis, sauf aux élections européennes.

Mais le fait que ce parti présente des candidats aux élections départementales ne contribue-t-il pas à le crédibiliser?

Il s’agit d’un non objectif politique car le taux de participation à ces élections est très faible. De plus, je pense que ces candidats ne seront pas présents au second tour. Mais en revanche, cette information fait qu’on parle de ce parti. Donc c’est un bon coup médiatique.

Ce parti déclare vivre uniquement sur les 20 euros de cotisation annuelle demandée aux 900 adhérents. Est-ce tenable à long terme?

Non, c’est une illusion de croire que l’on peut tenir uniquement sur les cotisations des adhérents. Rien qu’une campagne ça coûte cher. Et il est à parier que les candidats aux élections départementales devront y être de leur poche pour boucler leur campagne, s'ils en font une.

L’existence de ce parti ne doit-elle pas bousculer la gauche qui a perdu une partie de son électorat d’origine maghrébine et africaine ?

Oui, mais le PS a du mal à reconnaître et à revendiquer cet électorat de la diversité. Certains de ces électeurs se sont donc abstenus aux précédentes élections et sont en froid avec le PS. Mais ils ne sont pas perdus pour la gauche. François Hollande a fait d’ailleurs un pas vers eux avec son discours sur l’immigration en décembre. Un plan banlieue est aussi en préparation. Mais, pour reconquérir cet électorat, il faudrait aller plus loin dans sa reconnaissance symbolique.