Nicolas Sarkozy en plein passage à vide

POLITIQUE - L’échec de l’UMP à la législative partielle du Doubs souligne l’errance de son chef

Faustine Vincent

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Nicolas Sarkozy le 17 janvier 2015 à l'UMP.
Nicolas Sarkozy le 17 janvier 2015 à l'UMP. — L. BONAVENTURE / AFP

Ce n’est pas une traversée du désert mais ça y ressemble. Depuis son retour annoncé comme triomphal, Nicolas Sarkozy multiplie les ratés, qui ont culminé avec l’élimination de l’UMP dès le premier tour lors de l’élection législative partielle dans le Doubs face au FN et au PS. «Le Doubs est le symbole du fait qu’il n’y a pas d’effet Sarkozy, en tout cas dans l’opinion», remarque Eddy Fougier, politologue à l’Iris.

Revenu sur la scène politique en prenant la présidence de l’UMP, l’ancien chef de l’Etat et candidat non déclaré pour la présidentielle de 2017 ne s’attendait sans doute pas à une telle déconfiture. Seuls 39% des sympathisants UMP souhaitent aujourd'hui sa candidature à la future présidentielle, contre 65% en septembre, soit une chute de 26 points en cinq mois, selon un sondage BVA – Orange – iTélé paru samedi. Et autant «l’esprit du 11 janvier» post-attentats a bénéficié à François Hollande, autant il a laissé Nicolas Sarkozy sur le bord du chemin.

Double échec

La défaite de l’UMP dans le Doubs a enfoncé le clou. «Sarkozy avait ''vendu'' son retour à la tête de l’UMP avec deux arguments: remettre de l’ordre et de la discipline dans le parti, et endiguer la hausse du FN», rappelle Thomas Guénolé, politologue et auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible? Or le résultat de l’élection a montré que non seulement il avait échoué sur ce second point, mais qu’il s’était aussi révélé incapable de tenir ses troupes. Les consignes de vote pour le deuxième tour ont en effet donné lieu à une cacophonie: Nicolas Sarkozy ne voulait pas en donner, tout en appelant à faire barrage au FN, mais le bureau de l’UMP a rejeté cette proposition, appelant ses électeurs à voter blanc ou à s'abstenir, sans leur demander de faire barrage au Front National.

Un double échec que Thomas Guénolé qualifie toutefois d’«injuste»: «d’abord parce que, sur la consigne de vote, il a joué son rôle de chef de parti en proposant un compromis entre les partisans du «ni PS ni FN» et les partisans du vote pour le PS. Ensuite parce qu’il n’avait pas choisi le candidat UMP de cette élection». Reste la «perception collective», implacable, de son échec. Le Nicolas Sarkozy de 2007, «excellent stratège, parfait communicant et tacticien hors pair», a laissé place à «son fantôme».

«Mal entouré»

Dans ce contexte, la conférence que l’ancien chef de l’Etat a donnée à Abu Dhabi est particulièrement mal tombée. Interprétée tantôt comme de la «désinvolture», tantôt comme une faute politique, cette conférence a également rappelé les liens de Nicolas Sarkozy avec les pétromonarchies du Golfe – il avait fait une autre conférence à Doha, au Qatar, quelques semaines plus tôt.

Comment expliquer un tel enchaînement d’erreurs ? L’ancien président assure qu’il s’agit d’une «stratégie» visant à ce que personne ne parte de l’UMP. «Tout ce que je fais en ce moment, depuis que je suis à la tête de l’UMP, c’est réfléchi», assure-t-il dans son entourage, selon le Journal du Dimanche.

«Il est dans le déni de la réalité, objecte Thomas Guénolé. Et quand il exprime des idées, ce n’est que le recyclage poussif de sa campagne présidentielle de 2012». Le politologue fait l’hypothèse qu’il est «mal entouré». «La dream team de 2012 a disparu, explique-t-il. Rachida Dati, Franck Louvrier, Emmanuelle Mignon et Cécilia Attias ne sont plus là. Aujourd’hui il n’est plus entouré que de gens d’accord avec lui ou de courtisans. Personne n’est plus là pour lui dire ‘’tu fais des conneries’’».

Il met toutefois en garde contre la tentation d’enterrer trop vite l’ancien chef de l’Etat. «Ce serait une erreur colossale. Il peut parfaitement se remettre de son passage à vide. Il l’a déjà prouvé auparavant.» D’autant que le storytelling politique adore les histoires de traversée du désert et de reconquête.