Hué et sifflé pour ses propos sur le centre: à quoi joue Alain Juppé?

POLITIQUE Le candidat déclaré pour la primaire UMP de l’automne 2016 s’est à nouveau fait siffler ce week-end en évoquant un rapprochement avec le MoDem…

Nicolas Bégasse

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Alain Juppé lors du Conseil national de l'UMP à Paris le 7 février 2015.
Alain Juppé lors du Conseil national de l'UMP à Paris le 7 février 2015. — WITT/SIPA

Il commence à être habitué. Alain Juppé, candidat déclaré à la primaire UMP de 2016, s’est à nouveau fait huer samedi lors du Conseil national du parti après avoir souhaité «l’union de l’UMP, de l’UDI, et je le dis aussi, du MoDem». En novembre, les mêmes propos lui avaient valu la même réaction. Sa cohérence l’honore, mais ne risque-t-elle pas de le handicaper en crispant une partie de l’électorat de droite? Avec l’aide du politologue et chercheur associé à l’Iris Eddy Fougier, tentons d’y voir clair dans la stratégie d’Alain Juppé.

Pourquoi, à nouveau, ces sifflements?

On le voit bien sur les images de ce Conseil national, Alain Juppé s’attendait aux huées. «Il n’est pas sifflé en général, juste sur ce positionnement en particulier, Bayrou étant persona non grata chez les militants et les cadres UMP depuis son vote PS au second tour de 2012», rappelle Eddy Fougier. Et depuis, comme l’a moqué Juppé face aux sifflets de samedi, un «réflexe pavlovien» s’est développé chez ces cadres et militants, huant toute mention du MoDem de François Bayrou.

Ne se met-il pas ses électeurs à dos?

L’attitude d’Alain Juppé peut paraître provocatrice. Il faut le voir sourire face aux huées, levant la main d’un air frondeur en lançant «allez-y!». Un jeu dangereux? Pas tant que ça pour Eddy Fougier, qui rappelle que l’électorat n’est pas constitué que de cadres et de militants, mais aussi de simples sympathisants, peut-être plus ouverts aux idées d’Alain Juppé. «C’est la même chose chez les socialistes, où les militants sont plus à gauche que les sympathisants ou les Français en général, illustre le politologue. Si Valls tenait les mêmes propos que Juppé, il subirait le même traitement.» On constate d’ailleurs dans les sondages que, s’il est parfois hué par les militants, Juppé resserre mois après mois son écart avec Sarkozy dans le cœur des simples sympathisants.

S’adresser au plus grand nombre, un choix payant?

La part des sympathisants UMP favorables aux idées de Juppé suffira-t-elle à le qualifier à la primaire de l’automne 2016? C’est possible, selon Eddy Fougier, s’il bénéficie du «syndrome Royal». En 2006, celle-ci n’était pas la candidate choisie par les cadres et les militants PS, mais elle était la mieux placée dans les enquêtes d’opinion pour l’emporter au second tour face à Nicolas Sarkozy. Ce qui lui a valu de remporter la primaire, avec le surnom de «candidate des sondages». Si l’assiette des votants à la primaire UMP de 2016 est suffisamment large, Alain Juppé pourrait être avantagé. Et comme le prédit Eddy Fougier, «cette assiette sera élargie en fonction des besoins électoraux, pour ne pas désigner un candidat dont personne ne veut». Les règles de la primaire de 2016 ne seront fixées qu’au mois de mars, mais un consensus se dégage déjà autour d’un simple critère pour pouvoir voter: se reconnaître «dans les valeurs de la droite et du centre». Dix ans après, Juppé pourrait bien se qualifier pour 2017 «à la Royal».