Législative partielle dans le Doubs: Le front républicain n'est même plus une option pour l'UMP

ELECTION La direction du parti devrait annoncer mardi qu'elle ne donne pas de consigne de vote pour le second tour entre le FN et le PS...

Nicolas Beunaiche
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Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet, lors d'un meeting de l'UMP, à Paris, le 17 janvier 2015.
Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet, lors d'un meeting de l'UMP, à Paris, le 17 janvier 2015. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Faut-il voter à gauche pour empêcher la victoire de l’extrême droite, voter à l’extrême droite pour bloquer la gauche ou même s'abstenir? Au lendemain de l’élimination de Charles Demouge au premier tour de la législative partielle, les électeurs de l’UMP de la 4e circonscription du Doubs ont de quoi se sentir désorientés, ce lundi. D’autant qu’ils ne peuvent pas vraiment compter sur la boussole du parti pour leur indiquer le chemin à prendre… Si Nicolas Sarkozy ne se prononcera officiellement que mardi, tout indique que le président de l’UMP s’en tiendra au «ni-ni». Ni Front national, ni front républicain.

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi à droite. Alors que les années 1980 et 1990 voient se multiplier les accords mutuels de désistement entre le FN et l’UMP, les années 2000 marquent «un âge d’or du front républicain», explique le politologue Joël Gombin. «Dans la foulée du 21 avril 2002, à la faveur des circonstances, Jacques Chirac devient le gardien de l’idée républicain, rappelle-t-il. C’est lui qui impose la règle du zéro accord.» Un principe qui est d’autant mieux accepté que le FN est faible électoralement, relativise-t-il.

Un glissement progressif

La donne change au tournant de la décennie. «Dès 2010-2011, les succès électoraux du FN de Marine Le Pen reposent la question du front républicain avec acuité, à une époque où Nicolas Sarkozy droitise son discours, réduisant ainsi la distance idéologique entre les deux partis», analyse Joël Gombin. Le «ni-ni» apparaît alors dans la bouche des cadres du parti lors des cantonales, poursuit Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’Ifop.

Elle divise d’abord fortement les piliers de l’UMP. En 2011, tandis que Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé sont des farouches partisans du «libre choix» des électeurs, François Fillon défend pour sa part l’idée qu’il faut à tout prix empêcher un frontiste d’être élu. Un blocage qui finit par sauter en 2013. En septembre de cette année, l’ancien Premier ministre va même plus loin en appelant les électeurs à «juger, évaluer, choisir le plus compétent des candidats, et repousser par eux-mêmes et en conscience ceux qui sont sectaires». «Je revendique ma liberté. Je ne veux plus de cette règle stupide du ni-ni», tranche-t-il.

«Pas de bonne solution»

Un peu d’un an plus tard, les partisans d’un front républicain à l’UMP ne sont plus très nombreux. Lundi, Nathalie Kosciusko-Morizet et Dominique Bussereau sont les seules grandes voix de droite à avoir appelé à voter socialiste (avant Alain Juppé mardi), contredits par Gérald Darmanin, Henri Guaino, Guillaume Peltier, Thierry Mariani, Bruno Le Maire ou encore Luc Chatel. Laurent Wauquiez s’est quant à lui distingué en indiquant que s’il était électeur dans le Doubs, il voterait «blanc». Une variante du «ni-ni», ni plus ni moins.

En pleine ascension électorale du FN, la position de l’UMP est de toute façon périlleuse. «Il n’y a pas de bonne solution, estime Joël Gombin. La droite est prise entre le marteau et l’enclume.» Si elle appelle à voter socialiste, elle prend le risque de «matérialiser la théorie de l’UMPS» chère au FN. Si elle se résigne au ni-ni, elle peut donner involontairement un coup de pouce au parti de Marine Le Pen. Entre ces deux options insatisfaisantes, l'UMP semble en tout cas avoir définitivement tranché en faveur de la seconde option. A ses électeurs de faire eux aussi leur choix.