Rival, antithèse ou source d'inspiration: Les relations ambiguës des politiques avec leur père

POLITIQUE Un récent ouvrage s'intéresse aux relations paternelles de nos hommes et femmes politiques...

Thibaut Le Gal

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Georges et François Hollande. Pal et Nicolas Sarkozy.
Georges et François Hollande. Pal et Nicolas Sarkozy. — Gian Ehrenzeller/AP/SIPA Stephane Vansteenkiste/SIPA Hollande LEMOUTON-POOL/SIPA VALERY HACHE / AFP

«Un père a deux vies, disait Jules Renard. La sienne et celle de son fils». Dans Même les politiques ont un père (Stock, janvier 2015), Emilie Lanez s'intéresse aux relations paternelles de nos hommes et femmes politiques. En recueillant de nombreux témoignages, elle tente de comprendre le rôle du père dans le destin de leurs enfants. 20 Minutes en a sélectionné cinq. Extraits.  

Nicolas Sarkozy: Mon père, ce rival

«Nicolas et Pal Sarkozy ne s’aiment pas. Entre eux, il n’y a eu ni rupture, ni lassitude, mais d’emblée cette relation sournoise faite de rivalité et de mépris, un amour malade, mystérieusement condamné à ne pas guérir», écrit Emilie Lanez. L’auteur raconte l’obsession de Pal de rabaisser son fils. «Il est tout petit, il tient de Dadu. Pour faire de la politique, il faut avoir des complexes, Nicolas en a beaucoup», s’amuse le publiciste immigré hongrois. Autre exemple lorsqu’il évoque la réussite de tous ses enfants et oublie de citer Nicolas. «Président des Etats-Unis, ça, c’est admirable, mais la France…» L’ancien président résumait sa relation paternelle avec cette formule en 2005. «A part d’un père, je n’ai manqué de rien».

François Hollande: Mon père, ce contraire

Le chef de l’Etat s’est construit en opposition à son père, Georges, «contestataire de tout», médecin et militant d’extrême droite. «Avec mon père, je n’ai pas eu besoin de faire conflit», résume François Hollande. «Le plus jeune de la famille développe une autre stratégie, celle dont il fera sa principale force politique ; il s’adapte. Il contourne, il esquive», écrit la journaliste. «Il se construit non pas contre ce père qu’il chérit, mais en fonction de lui. Adapté». Il en tire aussi son humour «en réaction à cette noirceur paternelle». Au discours du Bourget, l’homme remercie ses parents. «Mon père, parce qu’il avait des idées contraires aux miennes et qu’il m’a aidé à affirmer mes convictions».

Ségolène Royal : Mon père, ce militaire autoritaire

«Jacques Royal, l’homme contre lequel elle s’est rebellée, dont elle s’est brutalement séparée, est celui dont elle a tout hérité. Même volonté bravache, même caractère d’acier, même raideur. Même goût pour l’ordre, même attachement à la patrie», écrit Emilie Lanez.

Ségolène Royal ne s’épanche pas sur ce militaire de carrière. «Il lui arrive  de se souvenir de son enfance comme d’une "période pénible, violente", et parfois voici qu’elle rend un quasi-hommage à son père, qui, "très autoritaire m’a structurée"». Lorsque le couple parental vacille, l’étudiante attaque son père en justice pour qu’il verse une pension à sa mère. Le début d’une brouille. «Il ne reverra plus jamais Ségolène, sa fille préférée», écrit la journaliste. Le lieutenant-colonel mourra seul, à l’hôpital, aux côtés de ses fusils. Ses enfants «ont été très choqués lors de son enterrement de réaliser comment avait été sa fin», témoigne leur tante.

François Bayrou: Mon père, cet agriculteur cultivé

François Bayrou raconte son père. Calixte «est un homme exceptionnel. Il est bon, animé de souci moral, mais il n’est pas parfait. Il est au centre de la construction de ma vie». Un père agriculteur qui tient une ferme entre Pau et Lourdes et extrêmement cultivé. Dès qu’un instant lui est offert, «il lit de la philosophie, des essais, des dizaines de livres chaque mois».

Lorsqu’il travaille au champ avec son fils François, «ils récitent du Victor Hugo, du Lamartine ou des Fables de la Fontaine, résolvent des énigmes mathématiques ou des exercices de calcul mental», écrit la journaliste. François Bayrou garde de son père ce goût de la langue, et son attachement à la terre. Quand son père décède, il vient enseigner le français à Pau. Et retourne le soir à la ferme «accomplir son labeur», accomplissant ainsi les deux passions de son père.

Manuel Valls: Mon père, ce peintre catalan

Lorsque Manuel Valls raconte son père, Xavier, «tout est lissé, contrôlé, calculé […] Ce qu’il choisit de dire de son père doit lui être utile, [s’accorder] précisément avec l’image politique qu’il veut donner de lui-même», explique Emilie Lanez. «Son père n’étant plus là pour nuancer son récit». Le Premier ministre «serait un immigré, né d’un père ayant fui le franquisme […] Son républicanisme musclé ne saurait ressembler à celui de la droite sécuritaire puisqu’il porte en héritage le combat paternel contre la dictature».

Manuel Valls aime son père. «Il dit combien cette personnalité puissante et rigoureuse lui manque. Il lui rend hommage pour lui avoir enseigné la culture, la peinture, la littérature, l’esprit de liberté et « l’idée qu’on ne puisse pas se laisser enfermer dans des pensées uniques, qu’il faille sortir des chemins balisés»