Front national: Quand les conflits s’exposent au grand jour

VIDEO Après le cas Aymeric Chauprade, sanctionné par Marine Le Pen mais soutenu par d’autres Le Pen, retour sur les autres dissensions au sein du parti frontiste…

Anne-Laëtitia Béraud vidéo Maxime Deloffre

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Marine Le Pen qui vient d'être réélue présidente du FN est embrassée par son père Jean-Marie Le Pen, le 30 novembre 2014 à l'issue du congrès du parti, à Lyon
Marine Le Pen qui vient d'être réélue présidente du FN est embrassée par son père Jean-Marie Le Pen, le 30 novembre 2014 à l'issue du congrès du parti, à Lyon — Jeff Pachoud AFP

Jusqu’alors patron des eurodéputés FN et conseiller spécial de Marine Le Pen, Aymeric Chauprade a été démis de ses fonctions après avoir diffusé une vidéo où il évoque une «cinquième colonne islamiste en France». Le géopoliticien a pourtant reçu le soutien de Jean-Marie Le Pen et de la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen. Comme dans tout parti, les dissensions sont quotidiennes au sein du Front national. Avec l’originalité que les coups de gueule et le lavage de linge sale se font en famille et par médias interposés. Le tout est à voir dans notre sélection vidéo.

  • La conception du pouvoir

Qui détient réellement le pouvoir au Front national? La fille, ou toujours le père? Après la sortie de Jean-Marie Le Pen sur une «fournée» en juin 2014, Marine Le Pen précise à Valeurs Actuelles que son père est «dans une contestation de la ligne politique» du parti. «J'ai ma propre personnalité, ma propre perception de l'exercice des responsabilités (…) pendant quarante ans, c'est Jean-Marie Le Pen qui a incarné le Front national. Aujourd’hui c'est moi, et non plus lui, qui suis chargée de son avenir et de celui de ses idées».

Une explication de texte peu goûtée par Jean-Marie Le Pen, qui contre-attaque en lançant: «Je suis président à vie» du FN «contrairement à ce que dit Marine Le Pen». Il juge que «personne ne peut (le) pousser vers la sortie à part (lui-même)». «Ma présence est utile au FN, elle est utile à la candidature du FN à la présidence de la République».

Bonus: Quand le n°2 du parti, Florian Philippot, tente (encore) de marginaliser Jean-Marie Le Pen. Après le tweet de Jean-Marie Le Pen, posté durant la prise d’otages de l’Hyper Cacher à Paris par Amedy Coulibaly, Florian Philippot estime le président d’honneur du FN est «inoffensif pour tout le monde». Un commentaire peu apprécié dans l’entourage de celui qui a annoncé sa candidature, à 86 ans, aux élections régionales en PACA.

  • La question du mariage des couples homosexuels

Au FN, il n’y a pas de ligne fixe sur la question de la loi «mariage pour tous». Effacée pendant l'examen du texte, Le Pen annonce vouloir l'abroger au profit d’un «Pacs amélioré». De son côté, Marion Maréchal-Le Pen manifeste dans la rue, tout comme l’UMP. La question des homosexuels est d’ailleurs sensible au FN. En décembre, après le ralliement d’un membre de l’UMP et militant homosexuel, puis l’«outing» de Florian Philippot, Aymeric Chauprade avait évoqué lors d’une réunion interne un «lobby gay» au sein du parti…

>> «Mariage pour tous»: Quand le FN divorce sur la marche à suivre

 

  • Le cas d’un élu FN ayant fait un salut nazi

En avril 2011, Marine Le Pen, nouvelle présidente du parti, annonce exclure Alexandre Gabriac, un élu de son parti photographié faisant le salut nazi. Cependant, Bruno Gollnisch et Jean-Marie Le Pen appellent à la clémence, et l’eurodéputé Bruno Gollnisch se dit «extrêmement étonné» que Marine Le Pen se tienne au courant de cette affaire «alors qu'elle se (trouvait) à 10.000 km de là, en vacances en Thaïlande». Un propos «assez inamical», juge Marine Le Pen.

  • La Seconde Guerre mondiale et les chambres à gaz

Elue présidente du FN, Marine Le Pen a pris ses distances avec son père à propos de la Seconde Guerre mondiale, notamment sur les chambres à gaz, où des millions de juifs sont morts. Son père a plusieurs fois qualifié plusieurs fois ce fait de «détail». «Je ne partage pas sur ces événements la même vision que mon père», avait-elle déjà affirmé en avril 2008.

  • Nelson Mandela vu par Jean-Marie Le Pen, puis sa fille

Après la mort, en juin 2013, de la figure historique Nelson Mandela, Marine Le Pen avait estimé que le premier président sud-africain était une «figure d’apaisement» et l’apartheid un système «profondément contestable, condamnable, injuste». Des propos opposés à ceux de son père, qui expliquait en 1990 que l’apartheid était «peut-être une utopie», et Nelson Mandela de «terroriste».

  • La torture, c’est mal mais…

En décembre 2014, Marine Le Pen réagit sur la torture après un rapport américain détaillant des sévices infligés par l’agence américaine CIA sur des terroristes présumés. «Moi, je ne condamne pas (…) Sur ces sujets-là, il est assez facile de venir sur un plateau de télévision pour dire: "hou la la! C'est mal!"».  Elle revient rapidement sur ses propos. Le député frontiste Gilbert Collard défend ces sévices dans certaines situations. «C’est vrai que la torture doit être le recours ultime quand il faut sauver des vies, la torture pour la torture, c’est ignoble, (…) Si pour sauver vingt, ou dix, ou deux ou une vie, je dois malmener un tortionnaire, je le fais.»