«Le people tracte une traînée de fans»

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Et si l’élection présidentielle se jouait à quelques voix près? Et si ces voix étaient celles des fans des peoples, notamment des peoples qui soutiennent publiquement un candidat?

«Les peoples représentent 300 personnes, tout au plus, explique Apolline de Malherbe, journaliste auteure de «Politiques cherchent audimat désespérément» (éditions Albin Michel). Mais leur visibilité fait penser qu’ils sont beaucoup plus nombreux. En eux-mêmes, ils sont une goutte d’eau mais derrière eux, ils tractent une traînée de fans. Le people, c’est l’arbre qui cache la forêt».

Les fans sont attentifs aux choix politiques de leurs idoles. Surtout ceux qui sont encore trop jeunes pour être électeurs. Pour les autres, les majeurs, c’est plus complexe. «Vous croyez que les gens sont si sots que, parce qu’ils me voient avec Tom Cruise, ils vont voter pour moi?» déclarait Nicolas Sarkozy à la télévision en février 2005. Jean-Michel Apathie, journaliste, est du même avis: «quel est l’électeur qui va voter uniquement en fonction de la sympathie?».

La «sympathie», il s’agit bien de cela. Voir les candidats sourire aux côtés des peoples améliore le capital popularité des politiques, considérés comme des élites énarques loin du quotidien des Français, à qui l’on reproche souvent d’être dans leur tour d’ivoire.

Tom Cruise et Nicolas Sarkozy copains-clopant ne suffit pas à faire l’élection, mais participe du marketing politique. Tout comme les marques paient des stars pour devenir leurs ambassadrices, le temps d’une campagne de publicité, les politiques s’acoquinent avec des personnalités, le temps d’une campagne présidentielle.

La question de l’image est devenue primordiale. Ainsi, les images de Jamel Debbouze et Ségolène Royal complices sur un plateau télé ou de Doc Gynéco au premier rang de l’Université d’été de l’UMP ont marqué les esprits. Grâce à ces alliances à paillettes, le politique touche un autre public, celui qui adule Johnny Hallyday, pro Sarkozy, celui qui vibre aux matchs d’un Lilian Thuram, pro Royal ou celui qui regarde les émissions de Patrick Sébastien, pro Bayrou.

Néanmoins, «il est dangereux de donner plus de poids à la parole d’un footballeur ou d’un chanteur par rapport à celle d’un politique, reprend Apolline de Malherbe. La parole d’un politique l’engage, alors qu’un people ne fait que donner son avis sur quelqu’un, il n’a pas besoin d’avoir un bilan chiffré derrière. Au fond, le people peut dire ce qu’il veut, pas le politique».